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analyse

Obstacles sur la voie d'un Brexit "ordonné"

©AFP

Après plus de cinq heures de discussions, les ministres ont accepté le projet d'accord conclu avec l'Union européenne. Le plus dur reste à faire: convaincre le Parlement britannique.

L’ accord porté par le gouvernement britannique est "le meilleur possible" selon Theresa May, reste à voir s’il sera confirmé. Côté européen, l’accord a fait l’objet d’une réunion des ambassadeurs des Vingt-Sept, mercredi, assurant à Michel Barnier l’appui des États membres, qui devront encore le confirmer formellement. Cela devrait passer par une réunion des ministres des Affaires européennes constatant que des "progrès significatifs" ont été accomplis. Ce qui ouvrirait la voie à la convocation d’un sommet extraordinaire (le 25 novembre) au cours duquel les chefs d’État et de gouvernement scelleraient l’accord politique avec Theresa May. Il ne restera alors "plus qu’à" passer à l’étape législative.

À l’heure où le gouverne-ment de Theresa May affiche son unité, la validation par Westmin-ster semble le scénario le plus probable.

Côté européen, on voit mal ce qui pourrait entraver l’adoption de l’accord: au sein du Conseil de l’UE, les ministres tiendront la position approuvée par leurs patrons; et on voit mal le Parlement européen réunir une majorité contre un tel accord.

1. L’accord passe

À l’heure où le gouvernement de Theresa May affiche son unité, la validation par Westminster semble le scénario le plus probable. Mais l’attitude des députés britanniques reste le point d’interrogation. Theresa May doit trouver une majorité à la Chambre des représentants (Commons) et parie sur le rassemblement de ses troupes et le sens de l’État d’une partie de l’opposition. Une opportunité pour les Brexiters d’accomplir leur rêve et l’assurance pour les pro-européens de limiter la casse.

Il restera alors à bâtir l’accord de la relation future au cours de la période de transition – qui s’étend jusqu’à la fin 2020 mais qui pourrait être prolongée une fois.

2. Blocage, élections ou référendum

L’hypothèse que l’accord ne parvienne pas à créer une nouvelle dynamique, à mettre une majorité claire d’accord, reste ouverte. La chef de file des conservateurs doit faire face à l’opposition conjuguée de Brexiters de la première heure et d’europhiles ardents. Comme l’a souligné la semaine dernière la démission de Jo Johnson, ex-ministre pro-européen pour qui valider cet accord serait une erreur historique, et qui plaide pour la convocation d’un second référendum.

Fera-t-il des émules? Le comportement des députés du Labour (socialiste) reste une inconnue, alors que leur chef de file, Jeremy Corbyn, indique vouloir s’assurer un droit d’amendement du texte. Sans parler du Parti unioniste démocrate (DUP), composante nord-irlandaise aussi sourcilleuse qu’indispensable de la fragile majorité dont dispose Theresa May, dont la chef de file Arlene Foster a déjà indiqué qu’elle ne soutiendrait pas un accord qui "disloquerait" le pays (l’accord établit par défaut une frontière réglementaire entre l’Irlande du Nord et le reste du pays).

©Photo News

Dans l’hypothèse où l’accord ne passait pas le stress test de Westminster, le Royaume-Uni se retrouverait face au spectre d’un "no deal", scénario périlleux et douloureux d’un divorce en mauvais termes, sans période de transition. Une telle situation provoquerait très probablement une forte réaction des marchés. On peut alors imaginer qu’un second vote ait lieu, et qu’une majorité de députés s’alignent sous la pression. On aura joué à se faire peur, avant de revenir à l’option raisonnable.

On peut aussi imaginer en cas de rejet par Westminster de l’accord de May la convocation d’élections, auxquelles aspire le parti travailliste (mais une majorité des deux tiers serait nécessaire). Voire, d’un second référendum (majorité simple). Seule une centaine de députés sont ouvertement favorables à cette dernière option, sur 650 membres. Et le leader de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a indiqué récemment que le Brexit "ne peut être arrêté". Mais pourra-t-il tenir cette ligne si c’est le scénario d’un "no deal" qui se profile? Si l’hypothèse d’un second référendum est demandée de longue date par le camp anti-Brexit – qui permettrait au peuple britannique d’avoir le dernier mot en connaissance de cause. Mais l’hypothèse est hasardeuse: parce que la date du Brexit, le 29 mars 2019, est inscrite dans la loi britannique et parce que le temps manque (même si la Grèce a démontré en 2015 qu’organiser un référendum en quelques jours était possible).

3. "Hard Brexit"

Reste bien sûr le scénario du "no deal", qui selon Theresa May elle-même serait "préférable à un mauvais accord". Chacun se prépare au violent choc que représenterait à court terme une telle option, singulièrement pour le Royaume-Uni qui pourrait être confronté à des pénuries de médicaments voire de nourriture.

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