Pas de filet de sécurité, pas de Brexit ordonné

©AFP

Alors que Juncker et Barnier attendent toujours des propositions concrètes de Londres pour éviter un Brexit sans accord, le Parlement européen se pose en défenseur des intérêts économiques de l’Union.

Alors qu’à Londres, le Parlement britannique est suspendu sur ordre de Boris Johnson, le Parlement européen débattait du Brexit mercredi et adoptait une résolution réaffirmant ses lignes rouges. L’occasion pour les eurodéputés britanniques de faire entendre leur voix pendant que leurs collègues de Westminster sont réduits au silence. L’occasion aussi pour d’autres de souligner ce contraste - "Jean-Claude Juncker peut faire beaucoup de choses, mais il ne peut pas fermer les portes de notre Parlement!", a claironné le libéral belge Guy Verhofstadt, qui préside le groupe de pilotage du Brexit.

Je ne suis pas sûr que nous réussirons, il nous reste très peu de temps. Mais je suis sûr que nous devons essayer.
Jean-Claude Juncker

Le débat du jour aura d’abord été l’occasion pour le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, de rendre compte de la teneur du déjeuner de travail qu’il a eu avec Boris Johnson, lundi. Le Premier ministre britannique lui a répété sa volonté de quitter l’Union fin octobre avec ou sans accord, "cela veut dire que le risque d’un no deal reste très réel", a indiqué le Luxembourgeois. Sous les hourras des élus du parti du Brexit, qui animeront toute la séance de rustres exclamations – exaspérant, entre autres, la présidente de la séance.

Jean-Claude Juncker et celle qui va lui succéder, Ursula von der Leyen. ©REUTERS

Lorsqu’il reprend, Juncker indique penser qu’un accord est toujours possible - "Je ne suis pas sûr que nous réussirons, il nous reste très peu de temps. Mais je suis sûr que nous devons essayer." Le nœud des discussions porte sur le "backstop" pour l’Irlande du Nord que Boris Johnson veut supprimer, et le président de la commission souligne : "Je ne nourris aucun attachement émotionnel à l’égard du filet de sécurité, mais je reste profondément attaché aux objectifs qu’il sert." À savoir empêcher le retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande pour y préserver la paix et la stabilité, tout en préservant l’intégrité du marché unique européen.

La Commission attend toujours de Londres des propositions alternatives concrètes, opérationnelles et écrites. "Tant que de telles propositions ne seront présentées, je ne pourrai pas vous dire que de réels progrès ont été réalisés."

La résolution adoptée mercredi par le nouveau Parlement affirme que l’hémicycle "n'acceptera pas de conclure un accord de retrait sans aucun filet de sécurité" – que celui-ci concerne l’ensemble du Royaume-Uni comme le prévoit l’Accord de retrait ou l’Irlande seule, comme l’avait initialement proposé la Commission.

Socle de règles

À défaut d’avancée concrète, le déjeuner de travail de lundi avait débouché sur une "politisation" des discussions, avec la reprise en main des négociations par Michel Barnier. Présent lui aussi dans l’hémicycle strasbourgeois, il explique rester disponible à travailler sur toute proposition qui "apporterait du progrès", et le Français a indiqué qu’un deuxième élément est discussion avec Londres: la redéfinition des contours de la relation future.

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"Le gouvernement britannique souhaite revenir sur les engagements pris par Theresa May dans le domaine du level playing field (équivalences de normes)", a-t-il constaté. Or "un partenariat économique ambitieux exige un socle de règles du jeu communes" et "le niveau d'ambition d'un futur accord de libre-échange dépendra clairement des garanties que nous aurons ensemble mise sur le papier."

Aussi longtemps qu'on me fera confiance, je continuerai de travailler au nom de l'Union.
Michel Barnier
Négociateur en chef de l'UE pour le Brexit

"Nous ne sommes pas stupides. Nous n'allons pas saper la base économique de nos propres entreprises. […] Jamais nous n'accepterons un Singapour le long de la mer du Nord", a lancé Guy Verhofstadt. Son collègue vert Philippe Lamberts souligne que la position actuelle du Royaume-Uni consiste à demander d’ouvrir une brèche de 500 km dans le marché intérieur tout en se préparant à mener des politiques de dumping fiscal, social et environnemental – "ce n’est pas de nature à trouver la confiance nécessaire".

Michel Barnier va continuer à gérer le Brexit pour l'UE. ©EPA

Beaucoup d’interventions pour souligner qu’un Brexit sans accord ne lèverait aucune des questions que l’Accord de retrait doit résoudre (droits des citoyens, règlement financier, Irlande). Quelques autres aussi pour espérer un nouveau référendum "justifié", selon le socialiste britannique Richard Corbett parce que "l’opinion publique est en train de glisser sur ce sujet" et qu’il faut "donner aux Britanniques une seconde chance".

Alors que le Parlement comme le Conseil se disent prêts à envisager un nouveau report du Brexit, Michel Barnier est prêt à poursuivre sa tâche - "Aussi longtemps qu'on me fera confiance, je continuerai de travailler au nom de l'Union". Quant à l’hypothèse d’un Brexit sans accord, il souligne: "Le no deal n’est pas une destination, c’est un état temporaire" puisque s’il intervenait, "il faudrait bien sûr reprendre la discussion". Sur les droits des citoyens, sur le règlement financier, sur l'Irlande du Nord, sur l'avenir de la relation entre l'Union et son voisin britannique. Reprendre par le menu en somme.

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