"Pour l'instant, nous arrêtons les livraisons vers la Grande-Bretagne"

Emna Everard, la CEO de Kazidomi ©Tim Dirven

"Aujourd'hui, nous sommes véritablement noyés sous les formulaires et l'administration", constate Emna Everard, la CEO de Kazidomi. Et le plus dur reste à venir, craint-on à l'Awex.

Jusqu'au 10 janvier, tout se passait correctement, quasiment comme avant le Brexit. La jeune entreprise bruxelloise Kazidomi pouvait continuer à fournir ses clients anglais sans trop de souci. "Mais depuis une quinzaine de jours, tout a changé", constate Emna Everard, CEO de Kazidomi.

La société bruxelloise vend des produits labellisés bio ou naturels en e-commerce. Elle envoie ses colis dans tous les pays voisins, y compris vers le Royaume-Uni, où elle compte d'ailleurs pas mal de fournisseurs. "Aujourd'hui, nous sommes véritablement noyés sous les formulaires et l'administration", constate-t-elle encore. "Nous nageons dans le flou total, sans savoir quelle procédure appliquer strictement pour faciliter les exportations vers l'Angleterre", poursuit Emna Everard.

Boris Johnson avait pourtant clamé qui rien ne changerait après le Brexit en matière de commerce extérieur, ni quota, ni droit. Sur le terrain, les exportateurs ne chantent pas la même chanson. "Tous nos colis sont bloqués par les contrôles sanitaires", affirme Emna Everard.

Une véritable frontière

David Thonon, responsable de l'Awex à Londres, ne peut que constater cet état de fait également. "Malgré la communication très adroite de Boris Johnson, il ne faut pas oublier que nous nous retrouvons avec une véritable frontière entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", fait-il remarquer. Et qui dit frontière, dit aussi contrôles sanitaires renforcés et des labels européens qui ne sont plus nécessairement valables outre-Manche.

"Pour l'instant, nous arrêtons les livraisons vers la Grande-Bretagne, jusqu'à ce que nous y voyions plus clair."
Emna Everard
CEO de Kazidomi

"Et le Royaume-Uni n'est absolument pas prêt à absorber les demandes et les contrôles sanitaires. Les procédures ne sont pas définies, les documents ne sont pas prêts, et il n'existe pas d'équivalents aux labels de qualité européens", poursuit Thonon. "Nous avons proposé aux douanes anglaises de leur adjoindre des spécialistes européens pour les aider dans leur travail de contrôle, mais sans succès."

Emna Everard approuve. "La plupart de nos produits sont certifiés bio, notamment, par l'Union européenne. Le Royaume-Uni nous demande maintenant de refaire cette certification chez eux."

Des retards qui coûtent cher

Ces contrôles renforcés sont évidemment chronophages et onéreux. Pour Kazidomi, le coût à court terme est élevé - les colis sont bloqués en douane, et donc les denrées risquent de devenir impropres à la consommation. Mais il y aura aussi une perte à plus long terme. "Pour l'instant, nous arrêtons les livraisons vers la Grande-Bretagne, jusqu'à ce que nous y voyions plus clair."

"Pendant les 6 premiers mois, les procédures restent relativement simplifiées. Mais après juin, les entreprises européennes devront régulariser ce qui ne l'était éventuellement pas."
David Thonon
Responsable de l'Awex à Londres

Et même si le marché anglais ne représente pas un chiffre d'affaires majeur pour Kazidomi - de l'ordre de 2% de l'ensemble - le Royaume-Uni constitue un débouché néanmoins prometteur. "Mais si nous devons suspendre nos exportations, nos abonnés anglais ne pourront plus être livrés." Sans compter que Kazidomi se fournit également outre-Manche et rencontre donc pour l'instant les mêmes difficultés pour importer les produits anglais en Belgique.

Pour David Thonon, le plus dur pour les exportateurs belges est encore à venir, que ce soit pour des produits phytosanitaires ou non. "Depuis début janvier, le Royaume-Uni laisse une forme de transition aux importations sur son territoire. Pendant les 6 premiers mois, les procédures restent relativement simplifiées. Mais après juin, les entreprises européennes devront régulariser ce qui ne l'était éventuellement pas."

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