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Qu'est-ce qui se joue à la Chambre des Communes?

©AFP

À exactement deux mois de la sortie britannique de l’Union européenne, la Première ministre espère faire voter un amendement pour proposer à l’UE de renoncer au filet de sécurité à la frontière irlandaise. Si les députés votent cet amendement aujourd’hui, Theresa May transmettra le nouveau texte à Bruxelles pour validation, puis essaiera de le soumettre au vote des députés le 13 février prochain.

L’accord du 25 novembre respire encore. Theresa May a obtenu lundi soir d’une partie des députés tory leur soutien à l’amendement Brady, qui vise à proposer à l’Union européenne une nouvelle mouture de l’accord. Ou plus précisément, à proposer l’ajout d’un alinéa à la fin du texte, rejetant la possibilité d’un filet de sécurité ("backstop") à la frontière irlandaise à partir de 2021, et évoquant vaguement des "arrangements alternatifs".

Ce filet de sécurité a constitué la raison principale du rejet spectaculaire de l’accord par les Communes, il y a quinze jours. Si les députés votent cet amendement aujourd’hui, Theresa May transmettra le nouveau texte à Bruxelles pour validation, puis essaiera de le soumettre au vote des députés le 13 février prochain.

  • Le déroulement de la journée

→ Le président de la Chambre des communes, John Bercow, annoncera vers 14h00 quels amendements sont retenus pour être débattus et votés.
→ Les votes auront lieu un par un à partir de 20h00. Il faudra compter environ un quart d'heure par vote.
→ La déclaration éventuellement amendée sera ensuite soumise aux voix.

Problème: les Brexiters du parti tory, par la voix de l’influent Jacob Rees-Mogg, ont immédiatement rejeté cet amendement, qui aura donc des chances réduites d’être voté dans les heures qui viennent. Même en cas de feu vert des députés, la probabilité de voir l’Union européenne renoncer à l’une des principales conditions de l’accord de transition est quasiment nulle.

Journée intense

Sabine Weyand, bras droit du négociateur en chef de l’Union européenne Michel Barnier, a d’ailleurs réagi de façon cinglante aux dernières initiatives de Theresa May: "Cela ressemble [au film] ‘Un jour sans fin’. Il n’y a rien de nouveau. Ceci a été discuté en long et en large à la table de négociations avec les 27."

Alors que, dans le scénario souhaité par Theresa May, le vote des Communes n’aurait lieu que six semaines avant la date fatidique du 29 mars, Sabine Weyand a également averti sur les limites de l’article 50: "Il y a très haut risque de sortie brutale, non par volonté, mais par accident."

Plusieurs autres amendements proposant un report du Brexit pourraient être débattus et soumis au vote aujourd’hui. Certains pourraient être ajoutés ou modifiés en dernière minute, d’autres retirés, dans ce qui sera l’une des journées les plus intenses du processus engagé il y a près de trois ans.

Si la probabilité de voir les Tories rejeter l’amendement soutenu par Theresa May est réelle, ceux-ci ne devraient pas – ou pas encore – aller jusqu’à voter pour un amendement qui n’est pas souhaité par le gouvernement, à commencer par l’un de ceux qui repoussent la date du Brexit ou rend impossible le Brexit sans accord.

 

Sonnette d’alarme des acteurs économiques

Dans un contexte qui reste tendu, les différents acteurs économiques continuent pourtant de faire pression sur Theresa May et les députés pour trouver une solution de sortie de crise. Plusieurs grandes chaînes de supermarchés et de fast-food (Sainsbury’s, Asda, Waitrose, Marks and Spencer, McDonald’s, KFC, etc.) ont adressé une lettre aux députés pour les prévenir des risques de rupture d’approvisionnement. "Nous anticipons des risques importants quant au maintien du choix, de la qualité et de la durée de vie de la nourriture que nos consommateurs s’attendent à trouver dans nos magasins."

Le mois de mars est particulièrement sensible puisque le pays importe 90% de ses laitues, 80% de ses tomates et 70% de ses fruits hors agrumes.

Une récente étude de la Confederation of British Industry a par ailleurs révélé que les stocks d’approvisionnement dans l’ensemble des entreprises se situent à leur niveau le plus élevé depuis la crise de 2008, alors que le Brexit n’est censé être effectif que dans deux mois.

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