Qui dit incertitudes, dit volatilité sur les marchés

©EPA

Sur le marché des changes, la monnaie britannique a dans un premier temps réagi positivement au rejet massif de l'accord sur le Brexit. Mais les analystes restent prudents et s'attendant à une volatilité accrue dans les prochains jours.

Quand rien n'est certain, tout est possible. Le rejet massif de l'accord sur le Brexit par les députés britanniques était largement anticipé par les investisseurs. La question est plutôt de savoir ce qui se va se passer ensuite. Et là, plusieurs options restent envisageables

"Le vote de mardi soir a peut-être augmenté les chances d'un second référendum, mais il a également augmenté les chances d'un Brexit sans accord: les deux étroites hypothèses sont maintenant un peu plus grosses et la volatilité de la livre sterling  s'est accrue en conséquence", souligne Sue Trinh, responsable de la stratégie Asie FX à la Banque Royale du Canada à Hong Kong.

→ La première option ferait bondir la monnaie britannique jusqu'à 1,35 dollar selon un sondage auprès d'analystes. 
→ La seconde, jugée comme le pire des scénarios, la ferait tomber jusqu'à 1,15 dollar.

1,15 dollar
No deal, le pire des scénarios
Selon les analystes, la livre sterling pourrait tomber jusqu'à 1,15 dollar en cas de "no deal".

Verre à moitié plein ou vide?

Mais pour l'heure, les analystes ont encore du mal à interpréter les mouvements de la livre sterling. Elle a dans un premier temps réagi positivement, bondissant à 1,29 dollar en fin de soirée mardi. "Le sterling s'est retourné à la hausse après le vote parce que les investisseurs savent maintenant que le Brexit n'aura pas lieu en mars", estime Naeem Aslam, analyste de Think Markets UK. Le verre serait-il donc à moitié plein? Pas si sûr... "Le rebond pourrait simplement s'expliquer par des rachats de découverts, car il y a encore une incertitude énorme sur les actifs britanniques", pense de son côté Eric Stein (Eaton Vance).

"Je m'attends à ce que la livre sterling soit volatile jusqu'à ce que le résultat du vote de censure soit connu"
Stephanie Kelly
économiste politique d'Aberdeen Standard

La tendance s'est d'ailleurs inversée au cours de la nuit (aurait-elle porté conseil?). La monnaie britannique évolue à présent entre deux feux. Certains observateurs ont d'ailleurs noté que les volumes sont faibles, signe que de nombreux investisseurs indécis restent sur la touche. Car qui dit incertitudes, dit forcément volatilité sur les marchés. "Je m'attends à ce que la livre sterling soit volatile jusqu'à ce que le résultat du vote de censure soit connu", confirme Stephanie Kelly, économiste politique d'Aberdeen Standard.

"Nous pensons (...) que la pression restera considérable sur le sterling", abonde Naeem Aslam. "Sur le marché boursier britannique, le mouvement sera très intéressant pour les actions domestiques; les entreprises vont beaucoup souffrir à cause de cela". Après avoir ouvert en hausse de 0,2%, le Footsie britannique  - l'indice phare de la Bourse de Londres - est passé en territoire négatif sans montrer toutefois des signes de déstabilisation.

Le marché est d'ailleurs soutenu par les valeurs dépendantes de l'économie britannique, qui auraient beaucoup à perdre en cas de sortie brutale de l'Union Européene. La banque RBS   et son homologue Lloyds Banking Group   gagnent plus de 1% chacun, le groupe de BTP Taylor Wimpey   et la compagnie aérienne EasyJet   évoluent également en hausse ce matin.

"Ne faites rien"

Plusieurs analystes déconseillent toutefois aux investisseurs de se précipiter sur les valeurs britanniques. "Nous ne recommandons pas aux investisseurs d'avoir des opinions arrêtées sur le sterling, les gilts (obligations britanniques, NDLR) ou les actions britanniques tant que cette absence de clarté est autant manifeste", indique UBS Global Wealth Management. "Au sein des portefeuilles existants, les investisseurs seraient bien avisés de limiter leur exposition britannique à des niveaux 'benchmarks'".

"Les marchés seront un peu agités dans les prochains jours, mais il convient de rappeler que rien de fondamental n’a changé ce [mardi] soir", explique Stephanie Kelly. "La chose la plus sage à faire pour les investisseurs à court terme est de ne rien faire."

Lire également

Publicité
Publicité