Risque d'achats de panique et pénurie de produits, le scénario du pire met Boris Johnson en difficulté

©REUTERS

La divulgation officielle de documents confidentiels du gouvernement sur les risques liées à un Brexit sans accord met un peu plus de pression sur Boris Johnson, qui dit toujours vouloir sortir coûte que coûte de l’Union européenne le 31 octobre.

Médicaments, produits alimentaires, carburants, circulation: l'impact direct d'un no deal sera majeur, selon des documents confidentiels qui viennent d'être révélés. Dans les heures précédant la suspension du Parlement, lundi soir, les députés ont voté en faveur de la publication de ces documents sensibles de l’opération Yellowhammer, censée préparer un no deal, et, dans lesquels les craintes du gouvernement transpirent à grosses gouttes.

Ces documents avaient déjà été révélés dans des fuites le 18 août dernier, et reprennent les travaux prospectifs déjà effectués sous Theresa May, sous le même nom de code. Mais, la suspension du Parlement, décidée la semaine suivante, a rendu un peu plus intenable la volonté de Boris Johnson de garder ces documents confidentiels.

Le gouvernement britannique craint au moins trois mois de retards aux frontières, avec une baisse de 40 à 60% du rythme de passage des camions aux douanes.

Ces documents ne sont pas des prévisions mais de simples préparations au pire scénario, assure Downing Street. Le gouvernement de Boris Johnson s’est mis en ordre de marche dès le mois d’août pour préparer un no deal, de façon plus volontaire que sous Theresa May. Début juin, à Downing Street, un porte-parole de Theresa May assurait également à L’Echo que les préparatifs pour un no deal avaient été lancés depuis le début de l’année, et qu’aucun secteur ne présentait plus d’urgence qu’un autre. Ce qui était une manière d’affirmer que le no deal était impossible sous Theresa May.

Retards et pénuries

Les conclusions des documents de l’opération Yellowhammer rappellent que les temps ont changé, et que le gouvernement assume cette possibilité d’un no deal, malgré les risques. Celui-ci craint au moins trois mois de retards aux frontières, avec une baisse de 40 à 60% du rythme de passage des camions aux douanes. Il anticipe des risques de pénuries pour des médicaments ayant une courte durée de validité, ainsi que pour les denrées alimentaires. Comme le gouvernement de Theresa May, il envisage le recours à l’armée.

Parmi les éléments nouveaux, la possibilité de voir les ménages modestes souffrir davantage d’un no deal, en raison notamment de la hausse des prix des carburants et des biens alimentaires, est soulignée.

Pression de l'opposition

Les rapports de force au Parlement devraient continuer de refléter la réalité du rapport des Britanniques au no deal: seul un tiers d’entre eux y sont favorables.

L’opposition a accru la pression sur Boris Johnson pour obtenir la possibilité d’étudier ces documents et d’en débattre aux Communes, afin de garantir l’élimination des risques liées à un Brexit sans accord.

Les risques de no-deal d’ici le 31 octobre sont pourtant réduits à quasi néant depuis le vote de la loi sur le report du Brexit, qui obligera le Premier ministre à demander un report à l’Union européenne s’il n’a pas obtenu un accord sur le Brexit d’ici le 19 octobre, ou si le Parlement n’a pas pu voter sur le no deal. Boris Johnson ne pourra pas non plus organiser d’élections générales à la mi-octobre, comme il l’escomptait, et ne sera donc pas en mesure de faire passer en force un Brexit sans accord grâce à une éventuelle majorité renforcée.

Les réclamations de l’opposition visent essentiellement à anticiper l’après-31 octobre, et plus exactement l’après-élections, où la question du no deal pourrait redevenir brûlante. Mais, les rapports de force au Parlement devraient continuer de refléter la réalité du rapport des Britanniques au no deal: seul un tiers d’entre eux y sont favorables

Mainmise du Parlement

La révélation de ces documents, censés secrets, confirme que le Parlement a plus que jamais la mainmise sur le processus du Brexit, et ce malgré le fait qu’il soit désormais complètement évasé, sans aucune majorité, si ce n’est celle de l’opposition au no deal. Les députés ont également voté en faveur de la divulgation des communications directes (par email, sms, whatsapp) entre neuf membres du Number 10, en relation avec la suspension du Parlement. Le gouvernement a refusé de fournir ces données, du fait de la législation sur la protection des données personnelles et du droit du travail. 

Lire également

Publicité
Publicité