analyse

Theresa May a résisté mais...

Theresa May ©AFP

La Première ministre a remporté le vote de défiance demandé par les Brexiters durs qui ont peut-être abattu leur dernière carte. Et Theresa May a dû mettre son propre avenir politique dans la balance, annonçant qu'elle projetait de quitter ses fonctions avant le scrutin législatif de 2022.

Après Chequers en juillet, puis l’accord sur le Brexit soutenu par son gouvernement mi-novembre, Theresa May remporte une troisième victoire majeure sur les Brexiters durs, en sortant indemne d’un vote de défiance qui aurait pu déclencher de nouvelles élections pour le leadership du parti et mettre dangereusement entre parenthèses le processus du Brexit. Elle remporte le vote avec 200 votes contre 117. Elle avait été élue leader du parti avec 199 voix en juillet 2016.

200
votes favorables
Theresa May a obtenu le soutien de 200 députés conservateurs. Mais 117 ont voté contre elle

La Première ministre a franchi un obstacle de taille, avec un peu d'avance par rapport à l'agenda initial, qui prévoyait notamment le vote sur l'accord dès mardi. Le résultat du scrutin clarifie la donne et tout indique que la convocation d'un second référendum par le Parlement semble désormais la seule option possible, d'ici quelques semaines.

Les données sont... simples:

  1. Il n'y a quasiment aucune chance de voir voté l'accord signé par le gouvernement avec l'Union européenne  
  2. Les Tories ne devraient pas prendre le risque de convoquer des élections prématurées. Ils préféreront organiser tranquillement la transition pour 2022.
  3. Theresa May, qui a fait pour campagne pour le maintien dans l'UE en 2016, est viscéralement opposée à un Brexit sans accord
  4. Les 200 votes de confiance qu'elle a obtenus viennent de députés qui ne seront pas effrayés par l'organisation d'un second référendum. En ajoutant les plus de 300 sièges de députés du Labour, du LibDem et du Scottish National Party, qui devraient tous appeler à un second référendum, le potentiel de voix est donc colossal. 320 votes seulement seront nécessaires.

Son contrôle du parti conservateur reste en revanche très relatif, puisqu’elle s’est engagée, en contrepartie de son maintien à Downing Street, à ne pas mener la liste du parti lors des élections générales de 2022. Par ailleurs, les 117 votes de défiance ne sont pas anodins.

Ce jeudi, Theresa May va tenter d'obtenir à Bruxelles, dans le cadre d'un  de nouvelles garanties sur l'accord de Brexit, face à des Européens prêts à "l'aider" à convaincre son parlement mais excluant de renégocier les termes du divorce.

Vote sans suspense

Mardi soir, l’European Research Group, mouvement eurosceptique du parti tory mené par Jacob Rees-Mogg, avait finalement réussi à rassembler les 48 lettres nécessaires au déclenchement de ce vote de défiance, qui a donc été organisé en moins de 24 heures. Le report du vote sur l’accord du Brexit, qui devait avoir lieu mardi, a eu raison de la patience d’une partie des Brexiters.

Tout au long de la journée de mercredi, les marques de soutien à la Première ministre ont afflué, et donné un rapport de forces clair avant le vote. Dès le début de l’après-midi, plus d’une centaine de députés tories – soit quasiment les deux tiers des 159 voix nécessaires – ont ouvertement affiché leur soutien pour Theresa May.

De façon tout aussi significative, les principaux donateurs ont fait circuler une lettre pour appeler à préserver le leadership de May et éviter de risquer l’arrivée au pouvoir de Jeremy Corbyn et du Labour.

Nouvelle démonstration de force

Quelques minutes avant le vote, elle s’est présentée devant la porte du Number 10, pour une allocution de quatre minutes, prononcée avec autorité et assurance. "Je contesterai ce vote avec toutes mes forces." Elle a rappelé qu’elle avait promis dès son premier discours à Downing Street de "concrétiser le Brexit pour lequel les gens ont voté et bâtir un pays qui répond aux besoins de chacun. Je me suis consacrée tout entière à ces tâches depuis que je suis Première ministre et je suis prête à finir ce travail."

Dans l’après-midi, elle s’était donc engagée auprès des députés tory à ne pas mener la liste du parti lors des prochaines élections générales de 2022. Un engagement qui semblait à double tranchant. D’un côté, il suggérait que Theresa May n’incarnait plus l’avenir du mouvement conservateur, et qu’elle devait de ce fait être remplacée au plus vite.

D’un autre côté, ce nouveau statut faisait et fait d’elle la parfaite occupante de Downing Street pour continuer de gérer cette crise. Une fonction ingrate qu’elle assume d’ailleurs depuis le référendum sur le Brexit et qui contribue à susciter le respect des Britanniques, globalement très indulgents à son égard dans les sondages. C’est aussi cette bonne cote de popularité qui a contribué à son maintien à Downing Street, pour quelques mois encore au minimum.

Sur le marché des changes, la livre sterling, après être tombée en début de journée à son plus bas niveau face au dollar depuis 20 mois, a regagné du terrain au fur et à mesure que se précisait la perspective du rejet de la motion de défiance. Elle a toutefois légèrement réduit ses gains à l'annonce des résultats du scrutin. A 22h03, elle s'appréciait de 1,01% face au dollar à 1,2615, et de 0,61% face à l'euro, revenu à 90 pence.

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