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Theresa May garde la main!

©AFP

Attaquée de toutes parts, la Première ministre a obtenu l’extension de l’article 50 du traité de Lisbonne, au moins jusqu’au 30 juin, après le vote de la motion gouvernementale. Tout se jouera à Bruxelles, lors du sommet des 21 et 22 mars.

Sans surprise, les députés britanniques ont voté pour l’extension de l’article 50, par 413 voix contre 202. Cela éloigne encore un peu plus le spectre d’une sortie désordonnée du Royaume-Uni, le 29 mars, et fait basculer une partie de la pression sur l’Union européenne, qui devra accepter de façon unanime un report du Brexit.

→ Les députés britanniques ont voté ce jeudi soir, par 413 voix contre 202, en faveur d'une extension de la période de négociations prévue par l'article 50 du traité de Lisbonne. Cela éloigne encore un peu plus le spectre d'une sortie désordonnée du Royaume-Uni, le 29 mars, et fait basculer une partie de la pression sur l'Union européenne, qui devra accepter de façon unanime un report du Brexit.
→ Selon la motion présentée par le gouvernement, les députés "acceptent que le gouvernement cherche un accord avec l'Union européenne" pour un report de la date du Brexit. Elle prévoit un court report, jusqu'au 30 juin, si les élus britanniques approuvent l'accord de retrait de Theresa May, qu'ils ont déjà retoqué à deux reprises mais qu'elle a décidé de leur soumettre encore une fois d'ici le 20 mars. Si l'accord est encore recalé, alors le report devra aller au-delà du 30 juin et impliquera que le pays participe aux prochaines élections européennes en mai, a prévenu Theresa May.
→ La Commission européenne a rappelé ce jeudi soir que "toute demande de prolongation de (la période de négociations prévue par) l'article 50 nécessite l'accord unanime des 27 autres pays membres" et devrait être dûment justifiée.

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Le ministre du Brexit Stephen Barclays doit se rendre à Bruxelles pour commencer les négociations sur le report. La situation est ironique puisqu’il s’apprête à défendre une extension contre laquelle il vient de voter. D’autres membres du gouvernement ont aussi pris le contre-pied de cette motion gouvernementale, ce qui en dit long sur les divisions au sein du cabinet de Theresa May. Un grand nombre de députés tories ont également voté contre cette extension.

La Première ministre tient encore debout, mais a, par ailleurs, encore évité de justesse une prise de contrôle du processus du Brexit par le Parlement, lors d’un amendement rejeté par seulement deux voix d’écart.

Un report après le 26 mai? "Impensable"

Reporter le Brexit au-delà du 29 mars est devenu inévitable si une sortie sans accord doit être évitée. Mais de combien de temps? Ce jeudi matin, le président du Conseil européen a plaidé pour que l’Union puisse octroyer un "long report" si Londres en faisait la demande. Theresa May plaide, elle, pour un report technique court.
"J’appellerai à ce que les Vingt-Sept soient ouverts à une longue extension si le Royaume-Uni pense nécessaire de repenser sa stratégie sur le Brexit et construire un consensus autour d’elle", a écrit Donald Tusk sur le réseau Twitter. L’unanimité en la matière est nécessaire. Or si les messages envoyés jusqu’à présent laissent peu de place au doute sur la possibilité d’un report, rien n’indique qu’une unanimité pourrait se dégager en faveur d’une prolongation de la période de négociations au-delà des élections. Il est "impensable" que le Royaume-Uni repousse son départ au-delà des européennes, a ainsi déclaré le ministre luxembourgeois des Finances Pierre Gramegna, rapporte le Luxembourg Times. Rien d’aussi tranché côté belge: le Premier ministre a indiqué à la Chambre ce jeudi que la position du gouvernement sur ce point serait prise en concertation avec les partenaires européens. "Ce dont il y a besoin, ce n’est pas plus de temps, mais plus de clarté de la part du Parlement britannique", a-t-il indiqué, demandant "un nouvel élément, une clarification de la part du Royaume-Uni".
Alors que le Conseil européen se réunit dans moins d’une semaine, rien de tel n’est en vue pour l’heure: les députés britanniques sont clairs sur ce dont ils ne veulent pas – l’accord conclu par Theresa May et un Brexit sans accord –, pas sur ce qu’ils souhaitent. Pour l’heure, la recherche d’un consensus à Westminster n’est pas l’option défendue par la Première ministre, qui espère faire passer son accord tel quel par sa majorité avant le 20 mars. Ce qui lui permettrait, estime-t-elle, de demander un report technique du Brexit jusqu’au 30 juin. Si le scénario d’une extension de courte durée devait se réaliser, Londres devrait compter sur un mois de moins, à en croire le président de la Commission, qui indiquait lundi que le retrait du Royaume-Uni devrait avoir lieu avant les européennes du 23 au 26 mai. Sans quoi, Londres serait légalement tenu d’organiser les élections.

Nœuds juridiques

Même si la situation se clarifie, les nœuds juridiques sont encore nombreux aux Communes. Le droit parlementaire britannique est ainsi conçu que toutes les contorsions juridiques restent possibles jusqu’à ce que les rapports de forces entre partis soient définitivement rompus. Ce qui n’est pas encore le cas à la chambre des Communes, dont la majorité conservatrice ne repose que sur la présence de dix députés nord-irlandais.

Ce Parlement toujours plus arc-en-ciel ne sait toujours pas ce qu’il veut faire du Brexit. Alors, il élimine une à une les possibilités, en attendant que la moins mauvaise finisse par dominer, et en espérant qu’elle s’impose un jour. La moins mauvaise est désormais le report du Brexit. Pour trois mois? Six mois? 12 mois? 21 mois? Tous ces délais ont été cités ces dernières heures.

Le choix reviendra en grande partie à l’Union européenne, lorsque Theresa May se rendra à Bruxelles, le 21 mars, lors du sommet européen. En cas de validation de son accord sur le Brexit, ressorti des braises mercredi soir, elle demandera une courte extension, au 30 juin. Si cet accord est rejeté pour la troisième fois, elle demandera une longue extension, bien au-delà des élections européennes, ce qui impliquera la participation du Royaume-Uni à ces élections, fin mai.

Lier le probable troisième rejet de l’accord à une demande d’extension lui permettra d’attribuer implicitement à l’Union européenne la coresponsabilité de cet accord bancal négocié depuis trois ans, et donc de limiter les exigences de l’UE pour accorder ce délai.

Contrariés par la possibilité grandissante d’une annulation du Brexit, ou d’un report si lointain qu’il pourrait mener à un irrésistible élan populaire en faveur d’un second référendum, les députés nord-irlandais et les eurosceptiques de l’European Research Group vont-ils changer d’avis et valider au dernier moment un Brexit soft? Voir les députés voter d’ici mercredi prochain pour une mouture exactement identique à celle rejetée massivement deux fois relèverait du miracle.

Démission or not démission

Le leader de l’ERG, Jacob Rees-Mogg, qui est à l’origine de la motion de défiance contre May au début de l’hiver, a indiqué vouloir conditionner le vote de cet accord à la démission de Theresa May. Difficile d’imaginer Theresa May annoncer son départ de Downing Street au moment de ce qui serait le plus grand triomphe de sa carrière politique… Protégée contre un nouveau vote de défiance jusqu’en fin d’année, elle est aussi théoriquement en mesure de rester au pouvoir jusqu’aux prochaines élections, fin 2022.

Sa capacité à gérer la sortie de crise, en tout cas à faire baisser la température dans les mois à venir en attendant une autre solution (Brexit plus soft? référendum?) pourrait lui permettre de durer encore.

Elle a perdu une partie de son pouvoir à Londres, mais son rôle d’arbitre est avec Bruxelles semble plus important que jamais.

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