Theresa May lutte contre l'enlisement de son parti déserté par trois députées

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Nouvelle journée compliquée pour la Première ministre britannique, Theresa May, qui a enregistré le départ de trois députées du parti conservateur au pouvoir. Et qui n’a rien obtenu de sa rencontre avec Jean-Claude Juncker lors de sa visite à Bruxelles.

À trop défendre une cause perdue – celle de son accord sur le Brexit –, Theresa May risque-t-elle de compromettre la majorité conservatrice?

La question se pose depuis le départ de trois députées conservatrices pour un nouveau parti indépendant (The Independent Group), créé avec sept députés travaillistes. La majorité torie (conservatrice) ne tient désormais qu’à un fil, plus exactement à huit parlementaires. Parmi eux, dix députés du Democratist Unionist Party nord-irlandais (DUP). Les trois députées tory – Anna Soubry, Heidi Allen et Sarah Wollaston – ont théâtralement pris place dans les rangs de l’opposition à la Chambre des Communes, face aux sièges de leurs anciens partenaires politiques.

"Aurais-je rejoint le parti en 2009 s’il avait ressemblé à ce qu’il est aujourd’hui? Non."
Sarah Wollaston
Députée the independent group (ancienne tory)

Vingt-quatre heures après la défection de sept travaillistes dans l’autre camp, dont Chuka Umunna, ces pro-européennes ont tenu une conférence de presse en forme d’oraison funèbre d’un parti conservateur prisonnier de l’euroscepticisme d’une partie de ses membres. "Je ne quitte pas le parti tory, c’est lui qui m’a quittée", a soupiré Anna Soubry, qui a déjà activement participé à la première phase de la campagne citoyenne pour un second référendum au côté de son adversaire d’alors, Chuka Umunna. Sarah Wollaston n’a pas été plus tendre avec son ancien parti et avec l’héritage de David Cameron: "Aurais-je rejoint le parti en 2009 s’il avait ressemblé à ce qu’il est aujourd’hui? La réponse est non."

Theresa May a pris acte de ces départs, et envoyé quelques signaux aux députés hésitants pour prévenir une hémorragie, en insistant sur l’idée que l’orientation du parti conservateur était vouée à rester "digne, modérée et patriotique."

Juncker écoute poliment

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Les possibilités d’un éclatement du parti tory et d’un durcissement vers une droite eurosceptique sont réelles en cas de départ de Theresa May. Le parti travailliste est lui-même confronté à une crise d’identité majeure, en raison des réticences de Jeremy Corbyn à se positionner clairement sur le processus du Brexit et à condamner sans équivoque les dérives antisémites chroniques de quelques membres. La visite de Theresa May à Bruxelles pour y rencontrer Jean-Claude Juncker n’a pas fait bouger les lignes sur le Brexit.

Le Président de la Commission européenne avait fait comprendre quelques heures avant la rencontre qu’il n’irait pas au-delà de l’écoute polie des arguments déjà maintes fois répétés de la position britannique, qui souhaite éliminer la possibilité d’un filet de sécurité à la frontière irlandaise, avec des "arrangements alternatifs". Ceux-ci restaient encore très flous hier soir après leur dialogue.

Le communiqué commun, très diplomatique, a rappelé la volonté des deux camps de "continuer à explorer les options dans un esprit positif", avec une nouvelle rencontre entre le Président de la commission européenne et la Première ministre à la fin du mois.

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