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Theresa May tente de sauver "son" Brexit

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À trois jours du vote sur l’accord du 25 novembre, Theresa May demande "un dernier effort" à l’Union européenne sur le filet de sécurité pour convaincre les députés. Et permettre in fine l’adoption de l’accord de divorce.

L’espoir d’un retournement de situation persiste au sein de la garde rapprochée de la Première ministre. Officiellement en tout cas. La Commission européenne a pourtant confirmé en milieu de semaine qu’aucune solution n’avait été trouvée sur le filet de sécurité.

Le refus de l’Union européenne de modifier l’accord à la marge rend très improbable un changement d’avis des députés. Les deux négociateurs britanniques, le ministre du Brexit Stephen Barclay et l’attorney general Geoffrey Cox, sont officiellement en stand-by entre Londres et Bruxelles, prêts à monter dans une navette en cas de signe d’ouverture de dernière minute. Un haut conseiller du Brexit à Downing Street, Olly Robbins, est venu prêter main-forte ces dernières quarante-huit heures, sur des discussions techniques.

Une crise "possible" en cas de vote négatif

"Rejetez cet accord et personne ne saura ce qui va se passer."
Theresa May
Première ministre britannique

L’absence totale d’informations basiques, depuis plusieurs semaines, interpelle sur la substance réelle, voire même sur l’existence de ces discussions entre les deux parties. L’idée qui se dégage est que Theresa May a renoncé depuis longtemps à convaincre Bruxelles et que c’est son propre camp qu’elle essaie d’amadouer. La Première ministre a tenu un discours dans la ville de Grimsby (important port, notamment pour la pêche, et située dans l’est de l’Angleterre) où le vote pour le "Leave" était arrivé en tête en juin 2016.

Sur le site de production d’un groupe danois spécialisé dans les énergies éoliennes, Theresa May a appelé l’Union européenne, à faire un "dernier effort" pour permettre le passage de l’accord, et a prévenu qu’une crise serait possible en cas de vote négatif. "Rejetez cet accord, et personne se saura ce qui va se passer. Nous pourrions ne pas quitter l’Union européenne avant plusieurs mois. Nous pourrions la quitter sans les protections que nous offre l’accord. Nous pourrions ne jamais la quitter. La seule certitude serait une incertitude permanente."

Relations "toxiques" avec l’UE

Le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt a averti que le rejet de l’accord, mardi, risquait de rendre "toxiques" pour plusieurs années les relations avec l’Union européenne. "Si cela finit de façon acrimonieuse, les futures générations diront que l’Europe s’est trompée, et j’espère réellement que ce ne sera pas le cas", a-t-il soutenu.

"La logique suggère que si vous posez la même question (qu’en janvier), vous obtenez la même réponse."
Mark François

Sauf surprise, l’attorney general va donc bien rendre un avis juridique indiquant que le filet de sécurité risque d’être en place pour une durée indéterminée, bien après la fin des négociations commerciales qui suivraient un Brexit avec accord, le 31 décembre 2021. Une issue que rejettent clairement les Brexiters du parti conservateur, qui souhaitent quitter l’Union douanière pour permettre au Royaume-Uni de signer des accords commerciaux avec le monde entier. L’European Research Group, principal mouvement eurosceptique de la majorité, n’a guère laisser planer de doute sur son vote de mardi prochain. "La logique suggère que si vous posez la même question (qu’en janvier), vous obtenez la même réponse", a piqué Mark François, son vice-président.

Appels à repousser le Brexit d’un an

En vérité, les regards sont en partie déjà tournés vers l’autre vote, celui de mercredi, qui doit valider le rejet d’un Brexit sans accord. Et plus encore vers celui de jeudi, qui peut permettre de reporter de quelques mois le Brexit.

Le leader du Labour Jeremy Corbyn a confirmé que la position de son parti pour mardi serait la même qu’en janvier (rejet de l’accord) et que le mot d’ordre pour le vote de mercredi serait le rejet du Brexit sans accord. Il essaiera de nouveau de mettre en avant ses propositions pour une troisième voie, jeudi, à savoir un Brexit doux prévoyant le maintien dans le marché unique et l’Union douanière.

Deux anciens chefs de gouvernement provenant des deux principaux partis de la péninsule, John Major (tory) et Gordon Brown (travailliste) ont appelé à repousser le Brexit d’un an.

Les remainers du parti conservateur enjoignent d’ores et déjà Theresa May à accepter une série de votes alternatifs dès la semaine prochaine, pour anticiper le risque de perte de contrôle du processus du Brexit dans les mois à venir.

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