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Theresa May, un départ programmé… et beaucoup de questions

©AFP

L’annonce de la démission de la Première ministre britannique, qui serait imminente, ne semble pas de nature à résoudre le processus du Brexit avant la deadline du 31 octobre.

Ce n’est pas la première fois que des rumeurs insistantes font état d’un départ de Theresa May. Cela s’est déjà produit en juillet dernier, à Chequers, où une partie des Brexiters durs avaient annoncé leur démission et questionné la raison d’être de ce gouvernement. Ou fin novembre, dans la foulée de l’accord conclu avec l’Union européenne (UE), où plusieurs ministres plus modérés avaient à leur tour démissionné. Ou après la défaite la plus massive pour un gouvernement britannique depuis plus d’un siècle au Parlement. Ou au mois de janvier, lors du premier vote sur l’accord. Ou fin mars, lorsque May s’est engagée formellement à démissionner en cas de vote sur l’accord. Ou mercredi soir, où plusieurs ministres majeurs (Javid, Hunt) ont viscéralement rejeté le principe d’un second référendum, voire démissionné comme vient de le faire Andrea Leadsom.

A au moins cinq reprises donc, depuis moins d’un an, Theresa May a réussi à gagner du temps, pour donner toutes ses chances à une "sortie ordonnée de l’Union européenne", alors qu'elle était considérée comme politiquement morte. Elle a assumé tous les compromis, voire compromissions. Depuis janvier, elle a poussé cette logique à son extrême, à trois reprises:

• Elle a demandé au Parlement de voter quatre fois sur un accord quasiment identique, faisant fi des trois rejets massifs.
• Elle a rompu avec l’aile droite de son parti pour ouvrir des négociations exclusives, au nom du gouvernement, avec l’opposition travailliste.
• Elle a proposé l’organisation d’un second référendum après avoir martelé pendant trois ans son opposition viscérale à ce nouvel appel au peuple.

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Casser les codes

Est-elle prête à "casser les codes" une quatrième fois, en restant au pouvoir au-delà de l’été? Elle a deux bonnes raisons de prendre le risque.

La première est qu’elle est en théorie protégée jusqu’au mois de décembre, date anniversaire de la précédente motion de censure du parti conservateur. Les députés de la majorité viennent toutefois de voter sur un changement des règles, avec effet immédiat, qui pourrait leur permettre de faire partir immédiatement Theresa May pour élire un nouveau leader dès cet été.

La seconde raison est que la désignation d’un nouveau Premier ministre par le parti conservateur (qui a le pouvoir jusqu’en 2022) n’est pas de nature à simplifier le processus du Brexit. Les données seront exactement les mêmes sur le plan intérieur, avec une majorité parlementaire très courte. La seule voie pour le successeur de May (Boris Johnson?) sera de négocier un Brexit plus dur avec l’UE. Mais la posture adoptée par Emmanuel Macron lors du dernier sommet ne laisse guère de doute: les Européens, passablement irrités, ne feront plus de concessions. Quitte à refuser d’étendre la deadline au-delà du 31 octobre, et assumer de fortes tensions.

Les Brexiters durs et l’UE face-à-face?

Le choix que doit faire Theresa May dans les prochaines heures peut être résumé ainsi: rester pour continuer de temporiser et éviter une détérioration sensible des relations avec l’UE. Ou partir en laissant face-à-face les Brexiters durs et l’UE.

C’est contrainte et forcée qu’elle devra se résoudre à la seconde option. Le Comité 1922, qui réunit l'ensemble des députés conservateurs à l'exception de ceux qui siègent au gouvernement, rencontre Theresa May ce vendredi. Selon le Guardian, le trésorier du Comité 1922 confirme que la cheffe du gouvernement pourrait démissionner ce vendredi. Le quotidien précise que si Theresa May ne jette pas l'éponge, le président du Comité autorisera un nouveau vote de défiance au Parlement. 

La livre sterling continue sa dégringolade 

La livre sterling poursuivait son recul face à l'euro et au dollar, tandis que les marchés planchent d'ores et déjà sur l'après Theresa May.

Peu avant midi, la livre s'échangeait à 88,24 pence pour un euro contre 88,05 la veille au soir, navigant autour de son plus bas depuis mi-février, atteint mercredi après-midi (88,40). C'est la quatorzième séance consécutive de baisse pour la devise britannique.

 

 

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