Theresa May: une lettre pour un départ sans gloire

©Bloomberg

C'est une Theresa May brisée qui quitte la tête du Parti conservateur britannique. Mais où a foiré celle qui semblait si déterminée à réaliser le Brexit?

Theresa May, 62 ans, quitte ce vendredi la tête du Parti conservateur britannique. Pas de discours, pas d'acclamations. Juste une lettre. Elle quitte son poste sur la pointe des pieds, juste en transmettant un courrier au 1922 committee, le groupe parlementaire des Tories. Les deux co-présidents vont accuser réception et voilà, elle sera déchue.

Déchue, mais pas sans travail. Theresa May reste encore officiellement Première ministre du Royaume-Uni, en attendant l'élection de son successeur par les Tories. Elle va juste expédier les affaires courantes. Le processus de désignation de son successeur doit débuter la semaine prochaine. 

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Theresa May n'a donc plus la main sur les dossiers, et en particulier sur celui du Brexit, le dossier pour lequel elle avait gagné son poste mais qui l'a aussi poussée à la démission.

C'est clair que réaliser la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, c'était - et ça l'est toujours - un défi colossal. Mais si on ne peut pas reprocher à Theresa May de ne pas avoir été pugnace, n'a-t-elle pas commis quelques erreurs dont l'accumulation lui aura été fatale? Sans doute. En voici quelques-unes...

• Trop vite

Arrivée au pouvoir en juillet 2016, peu après le référendum sur l'UE du 23 juin 2016, la dirigeante conservatrice était soumise à une pression intense pour déclencher l'article 50 du Traité de Lisbonne, prévoyant un délai de deux ans pour mettre en oeuvre une sortie de l'UE. Elle l'a fait en mars 2017, ce qui apparaît rétrospectivement bien court pour mener à bien une opération aussi complexe sans une stratégie de négociation claire ou soutenue par son parti et les députés britanniques.

Résultat: la dirigeante a été contrainte de repousser au 31 octobre 2019 le divorce, prévu initialement le 29 mars, afin d'éviter une sortie sans accord, scénario redouté dans les milieux économiques.

• Manque de balises

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En déclenchant le compte à rebours du processus de sortie et en affichant sa volonté de parvenir à un accord avec Bruxelles, Theresa May a donné dès le départ l'avantage aux Européens dans les négociations, estiment nombre de commentateurs politiques au Royaume-Uni. Elle a fixé en outre des lignes rouges (sortie de l'union douanière et du marché unique) sur lesquelles elle a ensuite dû revenir, notamment en acceptant le "backstop".

Ce dispositif de dernier recours qui prévoit le maintien du Royaume-Uni dans une union douanière pour éviter une frontière physique entre la République d'Irlande (membre de l'UE), et la province britannique d'Irlande du Nord, a été la cause d'une grande partie de l'opposition des députés à l'accord.

•  Elections malvenues

La dirigeante avait convoqué en juin 2017, trois ans avant la date prévue, des élections législatives censées la renforcer pour faire passer son projet de Brexit, confortée par des sondages lui promettant une victoire éclatante. Mal vu. L'opération a tourné au fiasco. Au terme d'une campagne électorale terne, elle perdait sa majorité absolue, devait adoucir sa version du Brexit et, surtout, s'allier au petit parti unioniste nord-irlandais DUP dont les positions intraitables sur l'Union avec la Grande-Bretagne, question existentielle pour eux, allaient finir par faire capoter son accord de Brexit.

• Manque d'ouverture

Malgré son revers aux législatives, Theresa May n'a pas jugé utile d'impliquer les autres partis politiques britanniques au moment de lancer les négociations avec Bruxelles, handicapant dès le départ ses chances de voir un accord adopté. Il aura fallu attendre le troisième rejet, fin mars, du texte conclu avec l'UE pour qu'elle entame des pourparlers avec les travaillistes de Jeremy Corbyn. Trop tard: ce dernier rompt, à la mi-mai, ces discussions, arguant de la "faiblesse" de la Première ministre dont le sort est déjà scellé.

En près de trois ans, Theresa May s'est également aliénée aussi bien les eurosceptiques que les europhiles du Parti conservateur. En témoigne la trentaine de démissions au sein de son gouvernement, à l'origine d'un "roulement de ministres sans précédent" dans un exécutif britannique, selon le think tank Institute for Government.

• Pas les bons mots

Face à ses échecs répétés et au refus des Européens de rouvrir le texte à la négociation, la dirigeante conservatrice (ici avec Michel Barnier, le négociateur en chef des Européens pour le Brexit ) a finalement décidé de jeter l'éponge... ©EPA

 Son côté "technicienne" semblait, au départ, rassurer des Britanniques déboussolés par la sortie de l'UE. Mais sa personnalité froide a fini par lui valoir le surnom peu flatteur de "Maybot", soit "May le robot".

"Brexit signifie Brexit", répète-t-elle pendant les premiers mois de son mandat, un refrain censé incarner sa détermination à mener à bien la sortie de l'UE, mais qui finit par sonner creux. En affirmant qu'un divorce sans accord "vaut mieux qu'un mauvais accord", elle braque une partie de l'opinion britannique, ainsi que les milieux économiques. Elle se met également à dos les députés en les accusant d'être responsables de l'impasse au Parlement, dénonçant leurs "jeux politiques et querelles procédurales obscures."

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