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Trois échéances possibles pour le Brexit

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Lors d’un conseil européen exceptionnel ce mercredi, la Première ministre britannique va finir de convaincre les Vingt-Sept que le Brexit, prévu vendredi 12 avril, doit de nouveau être repoussé pour éviter une sortie trop brutale.

Alors que cette semaine semblait partie pour être celle de fortes tensions entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, un scénario différent se dessine, qui devrait être matérialisé ce mercredi au palais d’Egmont. Avant le grand oral de Theresa May devant les Vingt-Sept, prévu à 18h30, Charles Michel recevra en effet les leaders des six pays les plus concernés par le Brexit (France, Allemagne, Irlande, Pays-Bas, Espagne, Danemark). L’objectif sera d’arrêter une position commune, après les divergences apparentes de ces derniers jours, et ainsi d’éviter un accident diplomatique si près de la falaise du 12 avril.

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Après avoir reçu tour à tour Theresa May, Angela Merkel et Emmanuel Macron vont finalement s’accorder sur la nécessité absolue d’éviter coûte que coûte un Brexit sans accord. Un report sera donc accordé au Royaume-Uni.

Le court délai que demande Theresa May (30 juin) sera rejeté. Une longue durée sera nécessaire pour que la situation se décante. Trois échéances semblent possibles:

  • Fin mars 2020. Cette option correspond au délai maximum d’un an souhaité par le président du conseil européen Donald Tusk. L’Elysée l’estime trop éloigné.
  • Fin 2019. Cela correspond à la durée de vie de Theresa May à Downing Street si elle décide de rester en poste. Les tories auront la possibilité d’organiser un vote de défiance en décembre, un an après leur première tentative, avec cette fois de réelles chances de succès. Cette échéance semble être le meilleur compromis pour permettre à May d’assurer la suite du processus parlementaire menant soit vers un accord d’ici quelques mois, soit, de façon beaucoup plus probable, vers un second référendum.
  • Rentrée 2019. Cela correspondra à la date d’élection potentielle d’un nouveau leader du parti tory, si Theresa May démissionne d’ici l’été. Retour de boomerang garanti, avec un no-deal probable en raison de l’arrivée programmée d’un Brexiter dur au pouvoir.

L’agressivité des Brexiters durs reconditionne tout

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La durée de ce report est en grande partie reconditionnée par l’agressivité inédite des conservateurs tories. La semaine dernière, 170 députés (sur 313) ont ainsi signé une lettre appelant Theresa May à privilégier un Brexit sans accord plutôt qu’un long report. Dans la foulée, Jacob Rees-Mogg, leader du mouvement eurosceptique ERG, a tenu des propos outranciers en signalant ironiquement qu’une longue extension pourrait donner aux députés britanniques la possibilité d’être "difficiles" au sein du Parlement. Son adjoint Mark Francois a été encore plus direct ce mardi en menaçant directement l’Union européenne de représailles, dans un discours effectué devant le Bruges Group, un think tank anti-européen: "Au XXIe siècle, vous ne pouvez pas tenir une nation en captivité contre sa volonté (…). Si toutefois vous nous retenez dans l’Union européenne contre la volonté démocratiquement exprimée par le peuple britannique, nous allons devenir un cheval de Troie au sein de l’UE, ce qui va complètement faire dérailler toutes vos initiatives fédéralistes." Avertissant les dirigeants européens de la perspective de l’arrivée de Boris Johnson ou de Dominic Raab au pouvoir, Mark Francois a également évoqué le retour en force de la "Perfide Albion".

Ces différents propos comminatoires rebattent les cartes, et seront au cœur de la prise de décision sur le délai accordé au Royaume-Uni.

La parole de Theresa May

Pour accorder un report du Brexit, l’Union européenne va exiger de May qu’elle s’engage, au nom du Royaume-Uni, à ne pas discuter ou bloquer les prochaines décisions de l’Union européenne, notamment budgétaires et commerciales, et ce jusqu’à la fin de la période d’extension. Ces concessions demandées à May pourraient prendre la forme d’une déclaration de bonnes intentions, dans laquelle elle engagera le Royaume-Uni à s’inscrire dans l’élan des Etats membres et à ne pas rouvrir des négociations sur l’accord de retrait… y compris si May démissionne et est remplacée par un Brexiter dur.

Mais une telle déclaration aura une valeur essentiellement symbolique. Sa validité légale ne sera pas établie. Or, Theresa May ne peut pas, ne peut plus, s’engager au nom d’un parti tory éclaté entre Brexiters softs/remainers d’une part, Brexiters durs de l’autre, et avec lequel les liens semblent définitivement rompus. Elle ne pourra s’engager de façon crédible qu’en tant que Première ministre, en personne, yeux dans les yeux.

La crise du Brexit est à ce point avancée que la solution ne repose plus sur des documents, mais sur une simple parole. Et sur toute la confiance qui doit aller avec.

Les Brexiters durs promettent de devenir le cheval de Troie de l’Union européenne si un long report est accordé.

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