UCB a maintenu une partie de sa R&D près de Londres

©Kristof Vadino

Dans le secteur pharma, on ne délocalise pas facilement, Brexit ou pas. Surtout quand il s’agit d’un centre de recherche qui a établi de nombreuses collaborations dans l'écosystème local.

Interrogé sur les conséquences économiques du Brexit au moment de quitter la direction de Solvay en mars 2019, Jean-Pierre Clamadieu ne se montrait pas très optimiste sur les chances du Royaume-Uni d’attirer de nouveaux investissements européens: "Le pays ne sera plus pour beaucoup d’entreprises multinationales une option très attractive en termes d’investissements stratégiques"? faisait-il valoir à L’Echo.

Un investissement d'un milliard de livres

Et pourtant. Comme pour faire mentir l’ex-patron de Solvay, le groupe biopharmaceutique belge UCB avait annoncé peu avant un plan d’investissement total d’un milliard de livres sterling outre-Manche, en dépit des incertitudes liées à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

L’heureux bénéficiaire de cette décision, qui consolide quelque 650 emplois hautement qualifiés, c’est le centre de recherche et de développement de Slough, au sud-ouest de Londres. L’entreprise belge est présente dans cette région depuis la reprise, en 2004, de Celltech, une grosse société de biotechnologie britannique qui développait des médicaments à base d’anticorps thérapeutiques.

Le site est devenu un des deux centres stratégiques de R&D d’UCB, l’autre étant celui situé à Braine-l’Alleud, où s’effectue également une partie de la production. C’est à Slough qu’a été conçu le Cimzia, un médicament traitant la maladie de Crohn et l’arthrite rhumatoïde. Le bail de location de l’immeuble arrivait à échéance et il s’agissait pour UCB de trouver un nouveau site voisin, l’entreprise n’envisageant nullement de se défaire d’un centre décrit comme "extrêmement performant, avec des scientifiques très compétents".

L'attrait de la matière grise

On va dans les régions où il y a historiquement un grand savoir-faire dans le domaine du médicament. Mais on investit toujours à long terme.
UCB

C’est que dans le secteur pharmaceutique, on ne délocalise pas aussi facilement que dans d’autres branches de l’industrie. Un centre de recherche, c’est beaucoup de matière grise et de nombreuses collaborations actives avec des universités, des sociétés de biotechnologies et même des organisations caritatives. Des petits bijoux à l’importance névralgique insérés dans un écosystème plus vaste.

Les entreprises pharmaceutiques ont toujours été très attirées par les talents de classe mondiale qui se trouvent au Royaume-Uni dans les sciences du vivant et par la réputation de centre majeur de développement de médicaments que le pays s’est construite. "On va dans les régions où il y a historiquement un grand savoir-faire dans le domaine du médicament. Mais on investit toujours à long terme" souligne-t-on chez UCB. "Cela peut apparaître comme étant un peu à contre-courant de la tendance qui accompagne le Brexit, mais pour nous, la problématique est différente".

Un autre centre en Suisse

Le fait d’avoir une implantation majeure en dehors de l’Union européenne ne semble d’ailleurs pas poser de problème particulier au fleuron pharmaceutique belge, puisque ce dernier possède un autre site stratégique en Suisse, à Bulle. Celui-ci est dédié à la production tant des petites molécules que des traitements biologiques. Une nouvelle unité de production biotechnologique y a été inaugurée en 2014.

Il n’empêche que Londres a peut-être senti passer le vent du boulet. À l’époque, la Première ministre Theresa May redoutait clairement que certaines sociétés pharmaceutiques fassent leur valise pour suivre l’Agence européenne du médicament (EMA), implantée à Londres depuis sa création en 1995, et dont le siège a été transféré à Amsterdam.

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