Un Brexit désenchanté raconté en jeu vidéo

Capture d'écran YouTube

Créé par le studio indépendant britannique Panic Barn, le jeu vidéo "Not tonight" propose de plonger dans un Royaume-Uni post-Brexit sombrant peu à peu dans le fascisme.

Des migrants parqués dans des camps. Un "God Save The Queen" aux airs de marche funèbre. Bienvenue dans le monde virtuel post-Brexit du jeu vidéo "Not tonight". Un jeu britannique sorti mi-août, qui dépeint une Angleterre devenue raciste, désenchantée et xénophobe. 

Un jeu à l'image des inquiétudes de son auteur. 

"J'ai l'impression que l'on fonce tout droit vers un précipice et que personne n'essaye de freiner. Ce jeu est une réponse à ce sentiment."
Tim Constant
Créateur de "Not tonight"

Humour noir et satire politique au programme. Une fois installé, vous incarnerez un videur ayant récemment perdu sa nationalité britannique, obligé d'enchaîner les petits boulots pour répondre aux demandes de plus en plus pressantes d'un gouvernement autoritaire dont la devise se résume à "Travaillez dur, ne cherchez pas les ennuis, et nous vous laisserons peut-être rester au Royaume-Uni".

Votre rôle sera de vérifier les identités des personnages du jeu via quelques glissements de souris, et de les autoriser, ou non, à entrer dans un bar ou une boîte de nuit, et plus tard dans le jeu, dans le pays.

Les graphismes en pixel art, minimalistes et colorés, rappellent les jeux d'aventure des années 90, tandis que les mécaniques ne sont pas sans évoquer celles de "Papers, Please", succès surprise de la scène indépendante sorti en 2013.

"Habituellement, politique et jeux vidéo ne se mélangent pas, parce que cela peut rebuter certains joueurs", souligne Tim Constant, le créateur du jeu.

Mais pour Olivier Mauco, professeur à Sciences Po Paris, au contraire, cela peut être un plus: "C'est une expérience que vous faites vivre, une Grande-Bretagne dystopique. Faire, c'est très différent, et donc ça a un impact parce que vous allez comprendre les conséquences, les impacts, vous-même vous allez faire des choix, et vous allez essayer de les raisonner".

Trailer


Un effet clivant

Le jeu s'est placé dans le top 10 des meilleures ventes de la plate-forme de téléchargement Steam le week-end de sa sortie, et a reçu un accueil plutôt élogieux, avec une moyenne de critiques "très positive" selon le barème du site.

Ce qui n'a pas empêché la multiplication des critiques dans les commentaires. En affichant d'emblée sa position europhile, le jeu perd sa capacité à surprendre et à cultiver le doute sur ses intentions.

"A avancer autant à visage découvert, ça ne va pas être aussi percutant. Ca va renforcer les positions des pro et des anti-Brexit, et le risque, c'est de passer à côté d'une partie du public", estime Olivier Mauco.

Pour la petite équipe derrière le jeu, le Brexit a déjà eu une conséquence bien réelle: "l'auteur des graphismes est polonais. Il vient juste de repartir en Pologne à cause de l'incertitude sur ce qu'il va se passer".

→ "Not tonight" est pour l'instant disponible en anglais sur PC via les plateformes de téléchargement pour une quinzaine d'euros. Il devrait sortir sur consoles début 2019.

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