Un Brexit menacerait directement 60.000 emplois en Belgique

©Nicolas Vadot

Un Brexit pourrait coûter très cher à l’économie belge. D’après une étude réalisée par ING pour L’Echo, un scénario de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne se traduirait par une perte de croissance cumulée de 0,3 à 0,7% sur la période 2016-2017, soit le temps qu’il faudrait pour négocier une sortie à l’amiable.

Ce qui équivaut à une perte potentielle d’activité de 1 à 3 milliards d’euros. Ou 2 milliards d’euros si on prend la valeur moyenne.

La Flandre plus exposée

Si la Belgique apparaît comme une des économies les plus exposées, c’est parce que les Britanniques sont notre quatrième partenaire commercial (après l’Allemagne, la France et les Pays-Bas). À lui seul, le Royaume-Uni représente 5,5% du total des importations belges et 7,7% de nos exportations. Les exportations belges outre-Manche représentaient 18,3 milliards d’euros en 2015. Compte tenu de sa très grande ouverture, la Flandre serait beaucoup plus touchée que la Wallonie et Bruxelles (voir graphique): l’an dernier, elle avait exporté pour 15,2 milliards d’euros vers la Grande-Bretagne.

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En se basant sur les données de l’OCDE, on constate que la valeur ajoutée générée par la demande britannique représente 2,9% du PIB belge ou encore 2,8% de l’emploi total. Ce qui fait de la Belgique le quatrième pays de la zone euro le plus exposé (après l’Irlande, Malte et les Pays-Bas) à une chute de la demande du Royaume-Uni. Une chute irrémédiable compte tenu de la baisse de la livre sterling et de la suspension des accords commerciaux avec l’Union.

Certaines branches seront bien entendu plus touchées que d’autres. Les cinq secteurs les plus concernés sont: les véhicules, les produits chimiques, la fabrication de machines, les plastiques et les produits alimentaires. Ces secteurs "pèsent" 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires ou 60.000 emplois. "Ces emplois sont directement menacés car ils dépendent de la demande britannique", prévient Philippe Ledent, économiste chez ING.

Pertes financières

Mis à part les effets sur le commerce, on peut redouter d’autres canaux impliquant des pertes financières, notamment au niveau des investissements directs étrangers (IDE). Ainsi, le stock d’IDE de la Belgique au Royaume-Uni représente environ 7% du PIB belge, alors que les revenus de ces IDE (dividendes) représentent 0,5% du PIB. "Une dépréciation de 10% de la livre entraînerait une perte pour les entreprises ayant réalisé ces investissements de 0,05% du PIB, soit 200 millions d’euros", indique Philippe Ledent.

Les banques à l’abri

Le secteur financier pourrait également être impacté par une exposition directe ou indirecte à des produits ou activités au Royaume-Uni. "Ce canal n’est cependant pas prépondérant dans le cas de la Belgique", rassure Philippe Ledent.

Selon les données de la Banque des règlements internationaux (BRI), l’exposition du secteur bancaire belge au Royaume-Uni se limite à 4% du PIB. À titre de comparaison, l’exposition grimpe à plus de 10% du PIB dans les cas de la France et de l’Allemagne, et plus de 30% du PIB dans le cas de la Suisse. "Par ailleurs, les institutions financières sont ‘habituées’ à des fluctuations de changes dans le cas de leur exposition au R.-U., ce qui devrait encore réduire le risque de déstabilisation à ce niveau", précise Philippe Ledent.

"Le patrimoine des ménages souffrirait des remous sur les marchés financiers."
philippe ledent
économiste chez ing

Moins rassurant par contre est l’impact potentiel sur le patrimoine des ménages. Celui-ci pourrait souffrir des remous sur les marchés financiers induits par un scénario de Brexit. Or la BCE estime qu’une augmentation de 10% de la richesse financière dans la zone euro entraîne une hausse de 0,6% (à court terme) à 1,5% de la consommation des ménages. Pour Philippe Ledent, "il ne serait pas étonnant de voir un impact de l’ordre de 0,1% sur le PIB belge en cas de troubles prolongés sur les marchés financiers".

Saut dans l’inconnu

Les hypothèses qui précèdent se situent dans un scénario de séparation à l’amiable, entre gentlemen. "Si par contre les choses ne se passent pas bien politiquement, parce que l’Europe souhaite faire un exemple pour enrayer le risque de contagion, on pourrait alors très rapidement se retrouver avec un impact doublé", prévient Philippe Ledent.

Un autre élément à ne pas négliger, selon lui, est l’impact sur la gouvernance de l’Union. "Celle-ci repose sur un équilibre entre une vision anglo-saxonne de l’économie, davantage orientée vers le marché, et une vision plus centralisée. Le départ du Royaume-Uni pourrait rompre cet équilibre, et modifier la position de l’UE dans des dossiers importants comme la signature du TTIP."

Quoi qu’il en soit, ces impondérables entameront la confiance des ménages et des entreprises, ce qui ne ferait qu’augmenter l’impact négatif sur l’activité économique.

Retrouvez notre dossier spécial sur le Brexit à l’adresse www.lecho.be/brexit

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