Un Brexit sous influence américaine

Le Premier ministre britannique Boris Johnson. ©REUTERS

L’une des raisons des atermoiements britanniques dans les négociations avec l’Union européenne est le possible changement d’occupant à la Maison-Blanche, qui pourrait forcer Boris Johnson à rentrer dans le rang.

En 2016, un peu plus de quatre mois ont séparé le référendum sur le Brexit et l’élection de Donald Trump. Deux verdicts très inattendus, sans lien direct entre eux, mais révélant une même volonté de "reprise de contrôle". Le héraut du Brexit, Nigel Farage, était d’ailleurs allé personnellement féliciter Donald Trump au lendemain du choc du 8 novembre 2016.

Alors ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson avait, de son côté, fait oublier ses anciennes insultes vis-à-vis du nouveau président américain, alors que la Première ministre Theresa May avait préféré se boucher le nez pour lancer un processus de négociations commerciales avec les Etats-Unis, censées impressionner l’Union européenne.

Quatre ans plus tard, la possible élection de Joe Biden pourrait rationaliser les relations entre les États-Unis et l’Union européenne et piéger le Royaume-Uni. La perfide Albion n’a pas encore conclu ses négociations commerciales avec les États-Unis, et Boris Johnson indique toujours être prêt à un no deal avec l’Union européenne, le 1er janvier 2021, s’il n’obtient pas satisfaction sur la pêche, les aides d’État et la gouvernance.

Alors que Michel Barnier est à Londres cette semaine, une transition en douceur est déjà garantie dans certains secteurs, notamment celui des très sensibles chambres de compensations financières, où Londres est assuré de rester la plaque tournante européenne jusqu’en juin 2022 au minimum.

Un tournant majeur

Il ne manque plus grand chose pour donner au Brexit son visage définitif, ne serait-ce que parce que le compte à rebours, d’ici le 31 décembre, s'accélère dangereusement. Tout indique que ce petit quelque chose en plus sera l’élection américaine, qui constituera quoi qu’il arrive un tournant géopolitique majeur: soit celui de la première non-réélection d’un président américain depuis trente ans – avec le retour aux codes diplomatiques rationnels et ennuyeux –, soit la confirmation que Donald Trump (et par richochet Boris Johnson) ont tout compris aux nouvelles façons de faire de la politique.

Les quinze premiers mois de Boris Johnson à Downing Street ont clairement été trumpistes, en tout cas à l’échelle du Royaume-Uni. Sa menace ouverte de ne pas payer la facture de divorce avec l’Union européenne, sa suspension illégale du Parlement, la volonté affirmée d’enfreindre l’accord de retrait et le droit international en cas de no deal, et sa quasi indifférence devant les risques réels de démembrement du Royaume-Uni, ont sévèrement écorné l’image britannique sur la scène internationale.

Les quinze premiers mois de Boris Johnson à Downing Street ont clairement été trumpistes.

Outre-Atlantique, les inquiétudes relatives au processus de paix en Irlande du Nord se sont exprimées de façon très ouverte le mois dernier, comme jamais depuis le début du processus du Brexit.

Concrètement, Boris Johnson ne peut pas ignorer qu’il est sous surveillance, à tout le moins sous influence.

"L’absence du Royaume-Uni de l’UE le rendra nettement moins influent car il ne peut plus conduire la réflexion européenne sur les questions géostratégiques qui importeront énormément à Biden”, a indiqué Ivan Rogers, ancien représentant britannique à Bruxelles (2013-2017), dans une interview à The Observer.

“Biden remettra Berlin et Paris - et même Bruxelles - au cœur de la réflexion américaine”.

"Biden remettra Berlin et Paris - et même Bruxelles - au cœur de la réflexion américaine."
Ivan Rogers
Ancien représentant britannique à Bruxelles

Si Johnson ne peut évidemment pas s’exprimer sur l’élection américaine, il ne peut pas feindre de ne pas entendre la petite musique qui monte dans les rangs conservateurs, selon laquelle un Brexit dur associé à la mort politique de Donald Trump ferait basculer le Royaume-Uni du mauvais côté de l’histoire.

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