Un premier recul britannique sur le Brexit

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Londres se plie au cadre tracé par l'Union, mais tient sa ligne.

À un journaliste britannique qui lui demandait s’il avait eu le sentiment de faire la moindre concession au cours de cette première journée de pourparlers, le négociateur en chef de l’Union européenne a répondu sans détours: "Je ne suis pas dans un état esprit à faire des concessions." Ni d’ailleurs de "demander des concessions", a ajouté Michel Barnier. Pourtant, au terme de ce premier tour de table sur le Brexit, la presse anglaise pouvait retourner à Londres en expliquant aux Britanniques que David Davis, le secrétaire d’État en charge de la sortie de l’Union, a ouvert le bal en courbant l’échine. Sur un point. Ces négociations ne se dérouleront pas comme le demandait Londres en un temps (tous les sujets, y compris l’avenir de la relation commerciale), mais en deux temps, comme l’avaient décidé les Vingt-Sept.

Il s’agira d’abord de conclure un accord politique sur trois questions prioritaires: le sort des millions de citoyens européens et britanniques que le Brexit va transformer en expatriés; le montant de la facture que Londres a encore à payer à ses partenaires; et la forme que prendra la prochaine frontière entre les deux Irlandes. Quand Barnier et les dirigeants des Vingt-Sept jugeront les progrès suffisants, une seconde phase de négociations s’ouvrira pour régler tous les détails du Brexit et pour discuter de l’avenir de la relation euro-britannique – une négociation qui se poursuivra après la ratification de l’acte de divorce. "C’est en levant les incertitudes sur ces sujets que nous poserons les bases de la confiance nécessaire pour bâtir un nouveau partenariat entre nous", a estimé le chef des négociateurs européens.

Il faudra beaucoup d’imagination pour dessiner le "deal like no other in history" que demande David Davis. Car le secrétaire d’État a répété pour ceux qui en doutaient encore que Londres poursuit la ligne d’un "Hard Brexit": le Royaume-Uni entend quitter l’Union européenne, le Marché unique et l’Union douanière, malgré les appels à arrondir cette position après la déroute électorale du 8 juin.

La paix en Irlande

La substance que pourrait prendre le caractère "privilégié" de la relation que réclame le gouvernement de Theresa May reste mystérieuse, mais les négociateurs ont encore le temps d’y penser. L’urgence est de régler l’épineuse question de la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. Il s’agit de préserver l’acquis de l’accord de Belfast qui a mis fin, en 1998, à trois décennies de heurts sanglants. L’objectif est de ne pas reconstruire de "frontière dure" tout en respectant les règles du marché intérieur. Les bras droits de Barnier et Davis, respectivement Sabine Weyand et Oliver Robbins, ont pour tâche prioritaire de conduire un dialogue pour résoudre cette épineuse question.

Au cours de cette première journée d’échanges, les deux négociateurs ont par ailleurs convenu d’organiser une semaine de négociations par mois "et d’utiliser les intervalles pour travailler nos propositions et les échanger", a précisé Michel Barnier. La route sera longue et escarpée, même si le calendrier est serré. Barnier, savoyard et amateur de randonnée, a offert un bâton de marche à son vis-à-vis, qu’il connaît de longue date – en 1995, ils étaient tous deux en charge des Affaires européennes dans leurs gouvernements respectifs. Davis a lui aussi choisi le registre ascensionnel pour ouvrir cette relation nouvelle, en offrant au Français une édition de "Regards vers l’Annapurna" dans lequel l’alpiniste Maurice Herzog évoque le sommet himalayen qu’il fut le premier à gravir. Il y est parvenu, mais il y a perdu doigts et orteils…

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