analyse

Un vote très serré attend Boris Johnson

©AFP

Johnson menace les députés tory rebelles de les priver de leur étiquette pour les prochaines élections s’ils votent pour un report du Brexit. Les prochaines 48 heures seront décisives.

Une semaine après la suspension du Parlement, qui sera effective du 9 septembre au 14 octobre, le Premier ministre a franchi un nouveau palier en menaçant de retirer leur étiquette aux quelques députés tory rebelles qui se disent prêts à faire corps avec l’opposition, aux Communes, dans les prochaines 48 heures, pour obtenir un report du Brexit. Le vote sera très serré. Un vote sur une loi similaire, en avril dernier, ne s’était joué qu’à une voix, en faveur du report. 14 tories (sur 304) avaient voté pour.

En affirmant que nul ne le contraindrait à réclamer un nouveau report du Brexit, Boris Johnson a implicitement prévenu lundi soir les parlementaires britanniques qu'il demanderait la tenue d'élections anticipées s'ils tentent de lui forcer la main.

Que va-t-il se passer ce mardi?

Le Premier ministre britannique va faire face à la fronde de députés de son propre parti conservateur hostiles à un Brexit sans accord, en dépit de sa menace de convoquer des élections législatives anticipées à la mi-octobre s'il essuie une défaite au Parlement.

Les députés reprennent ce mardi le chemin de Westminster, et des élus conservateurs "rebelles" s'apprêtent à soutenir l'opposition pour tenter d'imposer un nouveau report du Brexit et empêcher une sortie brutale de l'Union européenne.
 

Un premier vote autour du calendrier du Brexit doit avoir lieu ce mardi soir à la Chambre des communes.

Si son issue est négative pour le gouvernement, Boris Johnson présentera dans la foulée une motion pour organiser des élections législatives le 14 octobre, selon un responsable gouvernemental.

 

Pas question d'un nouveau report pour Johnson

Selon les souhaits des remainers et brexiters modérés, la date de sortie britannique de l’Union européenne serait décalée du 31 octobre 2019 au 31 janvier 2020, si, d’ici le 19 octobre, aucun nouvel accord n’est conclu avec l’Union européenne ou si le Parlement britannique n’est pas consulté sur un Brexit sans accord. Boris Johnson a donné du poids à ses menaces, en organisant lundi une série de réunions portant sur l’organisation d’élections anticipées à la mi-octobre, au cas où un report du Brexit serait voté mercredi.

À Downing Street, dans un brouhaha saisissant généré par plusieurs centaines de remainers situés à trois cent mètres, il a également fait une déclaration solennelle pour insister sur le fait qu’il croyait encore à un accord avec l’Union européenne. "Je veux que tout le monde sache qu’en aucun cas je n’irai demander un report à Bruxelles. Nous quittons [l’UE] le 31 octobre, point final." La tentation d’accélérer l’appel au peuple est grande pour Johnson, dont les sondages sont très flatteurs depuis qu’il a accédé à Downing Street fin juillet. Ce n’est pas un hasard si l’ancien premier ministre travailliste Tony Blair (1997-2007) a comparé un tel scrutin à un "piège à éléphants" pour son parti. Mais Boris Johnson prendrait un gros risque en demandant dès cette semaine, plutôt qu’après le 31 octobre, l’organisation d’élections pour "punir" les récalcitrants.

Ne pas se précipiter

Trois bonnes raisons devraient le dissuader de se précipiter.

  1. Un scrutin organisé en urgence serait programmé le 11 octobre au plus tôt. Avec un calendrier à ce point modifié, la position de Johnson vis-à-vis des électeurs risquerait d’être fragilisée, puisqu’il ferait campagne sans être allé au bout des négociations avec l’UE, sans avoir participé à un seul conseil européen (et tout particulièrement le sommet décisif du 17-18 octobre) et sans avoir obtenu la moindre avancée sur le backstop. Autrement dit, sans avoir tenu sa parole de sortir de l’Union européenne le 31 octobre, ou avoir tout fait pour y parvenir.
  2. Une victoire nette aux élections générales ne changerait guère la donne par rapport à l’Union européenne, qui n’aurait pas plus de raisons de faire des concessions sur le filet de sécurité à la frontière irlandaise. Ce filet de sécurité n’a pas été intégré à l’accord de retrait pour punir ou satisfaire le Royaume-Uni, mais pour protéger les intérêts vitaux, voire l’intégrité de l’Union européenne. La composition du parlement britannique n’a guère d’influence sur cette problématique de base de la sortie britannique de l’Union européenne.
  3. Theresa May était aussi en position de force lorsqu’elle avait convoqué des élections anticipées en 2017. Les intentions de vote pour le parti conservateur atteignaient 43% en moyenne (contre 34% aujourd’hui). Guère encourageant pour Johnson, d’autant que l’ex-Première ministre s’appuyait sur une base conservatrice plus élargie, du centre droit à la droite extrême. Par ailleurs, les instituts de sondage se sont systématiquement trompés, dans des proportions variables, lors des quatre derniers grands scrutins.

Boris Johnson ne serait donc pas à l’abri d’une telle déconvenue, à savoir un Parlement sans majorité nette, qui serait un désastre politique de grande échelle.

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