Une large coopération restera de mise pour les renseignements

©ANP

Le Brexit mettra fin à la participation des puissants services de renseignements britanniques aux agences de l’UE. Mais les liens sécuritaires entre le Royaume-Uni et les États de l’Union resteront forts.

Le 1er février, le Royaume-Uni sera coupé des institutions de l’UE avec lesquelles il a tissé des liens de défense et de sécurité.

Des deux côtés de la Manche, on réalise que le Brexit n’est pas favorable à la coopération en matière de sécurité
Thomas Renard
expert en terrorisme à l’Institut royal Egmont

Les Britanniques étaient intégrés dans Europol et le Système d’Information Schengen, dont ils ont bénéficié dans la lutte contre le terrorisme, le trafic d’êtres humains et la criminalité internationale. Le retrait les privera de ce lien étroit. Par exemple, les données européennes avaient permis de retrouver les officiers russes qui avaient tenté d’assassiner l’ancien espion russe Sergeï Skripal en 2018 à Salisbury.

Relations bilatérales

À plusieurs reprises, lors des négociations de l’accord de retrait du Royaume-Uni, les services de sécurité britannique – le MI5, chargé de l’intérieur, et le MI6, couvrant l’international – ont attiré l’attention sur les menaces que recèle le Brexit pour la sécurité nationale.

Dans 99% des cas, les services de renseignements continueront à collaborer.

L’UE perdra, elle aussi, une source précieuse de renseignements. "Des deux côtés de la Manche, on réalise que le Brexit n’est pas favorable à la coopération en matière de sécurité", dit Thomas Renard, expert en terrorisme à l’Institut royal Egmont.

Toutefois, le retrait du Royaume-Uni ne menace pas la sécurité européenne. L’impact du Brexit sera indirect dans la mesure où les Britanniques ont toujours pris soin de travailler de manière bilatérale avec chaque pays de l’UE. "Dans 99% des cas, la coopération entre services de renseignements n’est pas concernée par le Brexit car les échanges se font de manière bilatérale", poursuit Thomas Renard.

Le groupe de Berne

Le monopole du Royaume-Uni sur le haut débit

La cybersécurité est devenue la clé de voûte de la sécurité dans le monde. Le Royaume-Uni occupe à ce titre une place privilégiée. La majeure partie des données à haut débit transite par des câbles sous-marins. Or, la plupart des connexions transatlantiques entre les Etats-Unis et l’Europe passent par le Royaume-Uni. Londres est en mesure de surveiller ces données. Le Royaume-Uni n’a rien à craindre de son retrait de l’UE en matière de cyber-indépendance. Au contraire. Ce serait même, pour le Français Jacques Attali, une des raisons expliquant le Brexit et les envies d’indépendance des Britanniques.

Le Brexit pourrait poser des problèmes aux opérateurs européens. Londres peut imposer des nouvelles taxes, ce qui augmenterait le coût de la bande passante. Le Royaume-Uni hors de l’UE ne fait plus partie du "Privacy Shield", l’accord entre l’Union et les Etats-Unis sur la protection des données, ce qui exposera les opérateurs européens à des failles. Pour contourner le problème, un entrepreneur indien, Sunil Tagare a eu l’idée de lancer Brexit 1, un projet de câble reliant directement les Etats-Unis au continent. 

Par ailleurs, la sécurité européenne est discutée dans une instance informelle, peu connue mais très efficace, le Club de Berne, rassemblant les chefs des services de renseignements des États de l’UE, de la Norvège et de la Suisse. "Ses avis sont rapportés au Conseil européen. De plus depuis les attaques de Paris, cette relation s’est un peu plus structurée", précise Thomas Renard. Le Royaume-Uni continuera à en faire partie.

La relation entre les services de renseignements britanniques et l’UE s’arrêtera, en attendant la négociation d’une coopération future. "Entre-temps, on peut imaginer une période de transition durant laquelle le Royaume-Uni serait un partenaire privilégié, par exemple, avec Europol", estime Thomas Renard. Garantie supplémentaire, la coopération sécuritaire au niveau de l’Otan ne change pas.

Peut-on craindre que le MI6, sorti des agences européennes, se mette à espionner l’UE? Des rumeurs en font état. Mais la coopération reste le mot d’ordre face aux menaces extérieures, comme la Russie, la Chine et les risques de conflit au Moyen-Orient.

Négociation de la relation future

Le Royaume-Uni s’est préparé aux conséquences du Brexit sur le volet sécuritaire. "Nous avons déjà retiré nos agents des agences de coopération", dit une source proche du gouvernement britannique, "mais nous avons des signaux clairs que nous continuerons à échanger des informations entre nos services et ceux de l’UE".

Des négociations entre le Royaume-Uni et l’UE sur la relation future en matière militaire et de renseignements auront lieu durant la période de transition s’étalant jusque fin 2020. Deux types d’accord seraient négociés, l’un portant sur les échanges de renseignements ("security information agreement") et l’autre sur la protection des données ("data adequacy agreement").

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