Vers une bataille sur le calendrier des négociations commerciales

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La validation de l’accord de retrait n’est désormais qu’une formalité parlementaire… en attendant les négociations commerciales. Boris Johnson a tout intérêt à les retarder au maximum, au-delà de 2020, après les élections américaines.

La sortie britannique de l’Union européenne n’a donc pas eu lieu le 31 octobre, comme Johnson s’y était engagé, mais elle pourrait bien être effective beaucoup plus tôt que le 31 janvier 2020, quatrième date butoir fixée par l’Union européenne.

Accomplir le Brexit avant Noël a été l’un des arguments de campagne de Boris Johnson, qui incitait habilement les électeurs à imaginer le spectre d’un réveillon marqué par l’incertitude d’un "hung parliament" en compagnie de Jeremy Corbyn (Labour), Nicola Sturgeon (SNP) et Jo Swinson (LibDem), tous trois favorables à un second référendum.

"Il est important que le parlement britannique ratifie l’accord le plus rapidement possible."

La validation de l’accord, gelée au stade de la deuxième lecture depuis fin octobre, sera-t-elle possible d’ici le vendredi 20 décembre? Rien n’est moins sûr. Le discours de la Reine – le deuxième en deux mois — est prévu la veille. La validation de cet accord ne fait désormais aucun doute, et attendre deux semaines supplémentaires ne changera strictement rien d’un point de vue technique.

D’autant plus que Boris Johnson est désormais maître du calendrier. Le parti travailliste doit affronter la plus grave crise idéologique, stratégique et morale de son histoire, et sera aphone pendant un certain temps. Le LibDem s’est discrédité en faisant de l’abrogation du Brexit le pilier de son programme de campagne, malgré le déni démocratique évident de ce positionnement. Sur le plan intérieur, Boris Johnson est immunisé.

Un calendrier stratégique

Paradoxalement, la clarification fournie par cette sortie britannique pourrait rendre un peu plus complexes les relations avec l’Union européenne. La question du calendrier sera cruciale, alors que la fin de la période de transition est prévue le 31 décembre 2020. Les intérêts divergent: Boris Johnson a plutôt intérêt à prendre son temps, voir à demander le report de la fin de période de transition. Cette date du 31 décembre 2020 a été fixée au tout début du processus du Brexit, avant que trois reports de la date limite pour l’accord de retrait soient accordés. Autrement dit, elle a été définie à partir du principe que 21 mois de négociations seraient nécessaires entre la sortie britannique et la conclusion des accords commerciaux. Il n’en reste que douze.

Cette question du calendrier va être en soi un élément stratégique de négociations. Encourager les Britanniques à valider l’accord très rapidement est une manière de suggérer que le calendrier des négociations commerciales sera serré. "Il est important que le parlement britannique ratifie l’accord de retrait le plus rapidement possible", a indiqué le président du conseil européen Charles Michel, qui s’est régulièrement placé sur la même ligne dure que le président français Emmanuel Macron face au Royaume-Uni, et qui a ajouté qu’il n’était "pas question de conclure les négociations quel qu’en soit le prix".

L’ouverture des prochaines négociations commerciales tombera au pire moment pour les Britanniques. L’élection américaine est en effet programmée en novembre prochain. Donald Trump, grand supporter du Brexit et intime de Nigel Farage, est déjà en grandes difficultés avec une procédure d’impeachment et ne sera pas en position de force pour conclure un accord commercial avec le Royaume-Uni. Or, le positionnement stratégique des Britanniques face à l’UE dépendra, en partie, de leur capacité à montrer qu’ils peuvent compenser de mauvais accords commerciaux avec l’UE par de bons accords avec les Etats-Unis. Le Royaume-Uni exporte déjà deux fois plus de biens et de services vers les Etats-Unis que vers l’Allemagne, et trois fois plus que vers la France.

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