analyse

Vers une City sous stéroïdes après le Brexit

A Londres, les Britanniques préparent la deuxième grande dérégulation de leurs services financiers de leur histoire, avec le spectre d’un Singapour-Sur-Tamise aux portes de l’Europe. ©AFP

La protection de l’industrie financière britannique a été le facteur déclenchant de la longue campagne du Brexit, il y a près de dix ans. Elle est pourtant la grande oubliée de l’accord commercial signé la semaine dernière.

Pêche, immigration, reprise de contrôle sur les réglementations... Ces cinq dernières années ont totalement fait oublier l’origine politique du Brexit. Celle-ci remonte à 2011, en pleine crise de l’Eurozone. Le Premier ministre David Cameron avait été mis sous pression par l’aile droite du parti Tory pour déclencher un référendum pour approuver toute modification du traité de Lisbonne. En décembre de cette année-là, le Premier ministre David Cameron avait finalement opposé le veto britannique à une modification souhaitée par l’axe Paris-Bruxelles-Berlin, et isolé son pays des 26 autres membres. Sa cote de popularité avait atteint des sommets dans la foulée. Treize mois plus tard, sous la menace de l’europhobe Nigel Farage, il annonçait la tenue d’un référendum sur la sortie britannique de l’Union européenne.

Tout au long de cette année 2011 qui allait mener au veto britannique, puis de façon plus ou moins directe au référendum, les Britanniques n’avaient pas caché leur unique obsession: protéger les intérêts de la City.

De façon paradoxale, au cours des neuf années suivantes, jusqu’à l’accord commercial de 1.200 pages conclu la semaine dernière, la question des services financiers a été reléguée au dernier plan. "Nous avons été jetés du bus", a affirmé à plusieurs reprises Catherine McGuinness, présidente de la City of London Corporation. Et de fait, l’accord commercial ne règle pas un certain nombre de questions relatives à l’industrie financière. Ses intérêts sont pourtant plus de 100 fois supérieurs à ceux de la pêche, qui ont été au cœur des négociations. "Les éléments de l’accord relatifs aux services financiers sont très limités, ils n’atteignent même pas le niveau des engagements inclus dans l’accord de partenariat économique entre l’Union européenne et le Japon", relève Phillip Souta, Head of UK Public Policy à Clifford Chance.

"Les éléments de l’accord relatifs aux services financiers sont très limités."
Phillip Souta
Head of UK Public Policy à Clifford Chance.

La déclaration politique signée en marge de l’accord de retrait, en octobre 2019, mentionnait clairement qu’une structure d’équivalences devrait être prête pour remplacer les passeports financiers. Il n’en a rien été. L’accord conclu la semaine dernière est de ce point de vue un échec. Le Royaume-Uni a accordé des équivalences provisoires aux firmes européennes, et bénéficiera d’une période de transition pour ses chambres de compensation, qui constituent la tuyauterie de base des services financiers européens. Mais ses banques et firmes ne pourront plus vendre leurs produits en Europe depuis leur siège britannique.

Encore des négociations

Au-delà de la fanfare, les négociations commerciales post-Brexit ne sont pas terminées. Le versant financier, le plus important de tous d’un point de vue purement sonnant, reste bien à négocier, comme l’a admis le ministre de l’Économie Rishi Sunak. "Nous restons en dialogue étroit avec nos partenaires européens pour les décisions comme celles sur les équivalences."

La Commission européenne a également publié un communiqué en parallèle de l’accord commercial, dans lequel elle reconnaissait qu’elle attendait des Britanniques "une série de clarifications supplémentaires, en particulier sur la façon dont le Royaume-Uni va diverger des structures européennes après le 31 décembre".
Plus de trente ans après le Big Bang de Thatcher, les Britanniques préparent la deuxième grande dérégulation de leurs services financiers, avec le spectre d’un Singapour-Sur-Tamise aux portes de l’Europe. Ou d’une City sous stéroïdes, selon l’expression du grand tycoon de la publicité, Martin Sorrell. L’accord commercial signé la semaine dernière n’est que le premier jour du reste du Brexit.

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