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Voici les dernières cartes des anti-Brexit

Des milliers de Britanniques ont manifesté le week-end passé pour plaider en faveur du maintien de leur pays dans l'UE. ©AFP

Boris Johnson et les Brexiters gardent la main sur la sortie de l’Union européenne, mais n’auront probablement pas le temps pour le finaliser d’ici le 31 octobre.

Sept mois après avoir empêché Theresa May de présenter deux fois de suite une même motion, le speaker des Communes John Bercow a de nouveau utilisé une convention parlementaire de 1604, très rarement utilisée, pour priver Boris Johnson du vote solennel qu’il demandait.

Pour la deuxième fois en quarante-huit heures, le Premier ministre britannique s’est donc vu refuser la validation formelle, par les 639 députés actifs, de son accord de retrait conclu la semaine dernière avec l’UE.

Samedi, l’amendement Letwin, déposé dans les dernières heures, avait obligé Johnson à envoyer à l’UE une lettre de demande d’extension même si son accord était voté, le privant donc de son caractère solennel.

Un coup dur pour les Brexiters. Car les chances de succès existaient. Elles existent toujours, sont même peut-être plus évidentes au regard de l’analyse du vote sur l’amendement Letwin. Mais l’annulation de ce vote solennel prive le gouvernement d’un élan absolument nécessaire pour faire passer sans contestation la loi sur l’accord de retrait, que le gouvernement espère transmettre à la chambre des Lords dès vendredi.

L’union douanière, la dernière chance des anti?

John Bercow, le speaker de la Chambre des Communes, pourrait s'opposer à la tenue d'un vote sur l'accord conclu entre Boris Johnson et l'UE. ©AFP

L’opposition est libre d’amender à sa guise cette loi sur un accord de retrait qui, à ce jour, a été simplement négocié entre le Brexiter dur qu’est Boris Johnson et une Union européenne soucieuse d’en finir au plus vite. Cette loi risque de beaucoup rétrécir au lavage et d’être très éloignée de ce que les Brexiters ont réussi à obtenir à Bruxelles. Le cas échéant, Boris Johnson n’aura pas d’autre choix que de la retirer et d’attendre le déclenchement de prochaines élections pour renforcer sa majorité au Parlement, et faire voter sa loi sans encombre.

Plus que jamais, il a le beau rôle pour ces élections. Malgré ses échecs répétés au Parlement, Johnson est actuellement en train de dessiner une légende éternelle: celle du Brexiter dur qui a fait plier l’UE – ou qui a fait plier l’Irlande du Nord pour mieux convaincre l’UE –, et qui veut exaucer la parole exprimée par le peuple en 2016, face à des députés ankylosés dans l’ancien système. Le fait qu’il ait carburé aux fake news tout au long de sa carrière pèsera peu – et pèse déjà peu –, au regard des heures historiques que vit actuellement le parti conservateur.

©AFP

Les leaders de l’opposition (Labour et LibDem) savent qu’ils ne se remettront pas, politiquement, d’une victoire finale de Johnson. Peut-être aussi anticipent-ils l’inévitable démembrement du Royaume-Uni, à moyen terme, lorsque Belfast et Dublin sauront dialoguer en confiance et qu’Edimbourg fera le choix de Bruxelles plutôt que de Londres, un choix qui se faisait déjà timidement sentir avant le référendum de 2016.

L’heure est donc grave pour les anti-Brexit. Leur toute dernière carte, avant le vote solennel qui se jouera sur la décision de trois ou quatre travaillistes, pourrait être celle d’un amendement sur l’union douanière. En avril dernier, lors des votes indicatifs, un amendement similaire pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union douanière avait été rejeté de trois voix seulement. Certes, les membres du gouvernement tory n’avaient pas été autorisés à voter. Mais l’ensemble du Scottish National Party s’était également abstenu, de même que le Green Party, quelques libéraux-démocrates et quelques travaillistes. Le vote favorable d’un tel amendement, dans les jours à venir, serait fatal à l’accord négocié par Boris Johnson, un accord dont la fonction première était justement de quitter l’union douanière.

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Pour l’instant, les chiffres n’y sont pas. Il manque trois voix selon les projections, en sachant que le DUP, qui a été interpellé par le Labour à ce sujet, dit pour l’instant vouloir voter contre. L’alliance du Labour et du LibDem, très progressistes sur les questions sociétales, avec ce parti protestant viscéralement opposé à l’avortement et au mariage homosexuel, serait un scénario politique abracadabrant. Mais dans ce processus du Brexit qui dure depuis quarante mois exactement, rien n’est impossible. Le fait est que le DUP, avec ces dix députés, a la possibilité d’enterrer l’accord de Johnson et stopper brutalement le Brexit s’il vote pour l’union douanière avec le Labour. S’il ne veut pas le faire, pas encore, c’est parce qu’il sait que Johnson pourra toujours accomplir cet accord s’il remporte les prochaines élections, et cette fois en oubliant définitivement les unionistes.

Johnson doit aller vite pour préserver sa dynamique

Si le plan de l’union douanière ne fonctionne pas, des élections peuvent être évitées, ou retardées en attendant que les intentions de vote pour Johnson retombent. Mais il faudra pour cela que l’opposition obtienne, avec un autre amendement, l’organisation d’un second référendum pour valider cet accord, une fois qu’il sera inscrit dans la loi.

Le troisième espoir de l’opposition est simplement de voir la loi ne pas être validée lors du vote solennel. Les chiffres sont plutôt favorables à Johnson, mais évoluent toutes les vingt-quatre heures. La dynamique peut changer très vite de camp, au fil des lectures des différents articles de la loi et des analyses parallèles, qui pourraient durer plusieurs semaines et atténuer l’effet "waouh" du deal conclu par Johnson.

Déjà, les détails sur ces conditions commerciales entre l’Irlande du Nord et le Royaume-Uni alertent des députés tory sensibles à la cause unioniste, puisque le ministre du Brexit Stephen Barclay a indiqué que les entreprises nord-irlandaises devraient remplir des formulaires pour les produits dirigés vers le Royaume-Uni. Le mythe du maintien réel de l’Irlande du Nord au sein des frontières du Royaume-Uni, selon les termes de cet accord, en a encore pris un coup.

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