En matière de dette publique, nous serons rattrapés par la patrouille

Professeur à l'ULB et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique. ©Thomas De Boever

Dans un récent éditorial publié sur le blog du quotidien français Le Monde, Georges Ugeux (Galileo Global Advisors) interpelle au sujet l’importance de la dette publique mondiale.

Selon l’auteur de l'éditorial, Georges Ugeux, la dette publique mondiale s’élève à 63.000 milliards de dollars pour un PIB mondial de l’ordre de 80.000 milliards de dollars. Cette dette n’est tolérable que si elle est stabilisée par des taux d’intérêt bas. Mais imaginons que suite à différents phénomènes (déficit américain, financement des retraites, etc.), cette même dette publique ne soit plus sous contrôle. Que se passe-t-il?

L’inflation n’est un moyen sournois de rembourser les dettes que si les taux d’intérêt ne reflètent pas cette même anticipation d’inflation.
Bruno Colmant

Les réponses seraient évidemment différenciées selon les pays. On pourrait invoquer sa monétisation, c’est-à-dire son financement par des banques centrales qui émettent de la monnaie en échange de la dette. Toutes les banques centrales l’ont fait depuis 2008. Mais si ce mécanisme est commode, il entraîne théoriquement une hausse des taux d’intérêt (au travers de pressions inflationnistes) qui rend la dette publique plus onéreuse.

L’inflation n’est donc un moyen sournois de rembourser les dettes que si les taux d’intérêt ne reflètent pas cette même anticipation d’inflation. On appelle cela la répression financière. Mais cette répression pourrait aller beaucoup plus loin: on pourrait imaginer que les banques et entreprises d’assurances soient obligées de canaliser les dépôts et réserves de leurs client vers le financement des dettes publiques? Cela s’appelle une nationalisation de l’épargne.

Si un État n’est jamais que la représentation des forces sociales qui le constituent, il ne suffoque jamais sous sa propre dette.
Bruno Colmant

Elle est déjà mise en œuvre par des mécanismes prudentiels destinés (sans rire) à protéger l’épargne. On pourrait aussi évoquer des confiscations, des contraintes à la mobilité de l’épargne, des impôts exceptionnels ou tout autre moyen non traditionnel (et peu civilisé) pour rembourser la dette publique, c’est-à-dire l’anticipation narcissique et éphémère de nos communautés qui ont cru pouvoir emprunter le bien-être des générations futures.

Mais quel que soit l’aboutissement de cette situation (et il n’est pas obligatoirement funeste), nous serons rattrapés par la patrouille, c’est-à-dire par l’État. Car si un État n’est jamais que la représentation des forces sociales qui le constituent, il ne suffoque jamais sous sa propre dette. Et de débiteur d’une dette, il devient vite créancier d’impôts…

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content