Quelle est l'antimatière du bitcoin?

Professeur à l'ULB et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique. ©Thierry du Bois

Si le bitcoin est une bulle, son négatif, l’anti-bulle, existe. Quel est-il?

Je n’arrive pas à me départir de l’idée que le bitcoin est l’objet d’une bulle spéculative. Bien sûr, ce sentiment relève de l’intuition car une bulle n’est, par essence, pas démontrable. La croissance du prix n’est pas un indice de bulle en tant que tel. Comme le prix du bitcoin représente l’anticipation de sa propre utilité et de son coût de fabrication, il est possible que l’actualisation (c’est-à-dire l’expression en euros d’aujourd’hui) de coût de fabrication des derniers bitcoins, au 21e siècle, soit proche, ou même supérieur, au prix contemporain. On sait, en effet, que le nombre de bitcoins est limité à 21 millions (dont 16,8 millions ont déjà été produits) et cette création asymptotique puisque les bitcoins sont émis lentement et régulièrement, de manière dégressive.

21 millions
Bitcoins
Le nombre de bitcoins est limité à 21 millions (dont 16,8 millions ont déjà été produits)

Il est donc possible que si, aujourd’hui, le coût de production du bitcoin est largement inférieur à son prix (on parle d’un coût de fabrication de 1.300 USD contre un prix de 17.000 USD), le prix actuel soit une fraction de ce que couteront les derniers bitcoins.

Mais si le bitcoin est une bulle, quel est l’anti-bitcoin, c’est-à-dire l’actif stable qui pourrait servir de référentiel à apprécier l’existence d’une bulle ? Intuitivement, ce seraient des espèces pour autant qu’on puisse s’assurer de la prévisibilité de son pouvoir d’achat. C’est incidemment la raison pour laquelle des pays en hyperinflation, tel le Venezuela, voient le bitcoin se déployer come monnaie alternative.

"Et puis il reste ce que Keynes qualifiait de "relique barbare": l’or"
Bruno Colmant

On pourrait aussi penser aux obligations d’Etat, encore que de nombreux économistes parlent de "bulle obligataire" au motif que le taux d’intérêt, plus bas que l’inflation et maintenu artificiellement bas par les banques centrales, semble trop faible pour rémunérer le risque qui y est associé. L’anti-bulle serait alors le portefeuille "de marché", c’est-à-dire une représentation de tous les actifs du monde. On assimile souvent, et à juste titre, ce portefeuille à un indice mondial d’actions. Et puis il reste ce que Keynes qualifiait de "relique barbare": l’or. L’or, finalement peu éloigné du bitcoin mais négociable sous une forme physique. L’or, qui fascine les humains depuis des millénaires, et qui représente le soleil tandis que l’argent est d’un gris lunaire. L’or qui a construit les monnaies, déclenché des guerres, construit des empires. L’or qui a hanté les alchimistes. L’or qui se serait créé lors de l’affaissement d’une supernova, il y a des milliards d’années.

Mais si le bitcoin est une bulle, quel est l’anti-bitcoin, c’est-à-dire l’actif stable qui pourrait servir de référentiel à apprécier l’existence d’une bulle? ©AFP

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