Une vigie ou un témoin résigné?

Professeur à l'ULB et à l'UCL, membre de l'Académie royale de Belgique. ©Thierry du Bois

L’Europe continentale sera toujours à la recherche de cette fameuse troisième voie, entre la collectivisation étatique et le cynisme mercantile de certaines économies.

Où la garnison européenne va-t-elle pousser ses feux dans ce plan de bataille économique? Deviendra-t-elle un continent mature, à la démographie déclinante et peut-être stabilisé socialement, comme le Japon? Et comment va-t-elle surmonter son vieillissement, source de frictions sociales (pensions, immigration compensatoire)? Comment les pouvoirs politiques, à peine affranchis de plusieurs décennies de protectionnisme, vont-ils réconcilier la mobilité des capitaux, et la protection et la formation du travail? La solidarité sociale sera-t-elle fondée sur l’assistanat ou sur des logiques d’assurances déjà appliquées dans les pays nordiques?

C’est cette seconde voie qui devra être suivie, avec comme corollaire un rééquilibrage du contrat social et fiscal en faveur du travail. Les réformes couvriront, par exemple, les exigences de l’enseignement, qui devra ajuster la mobilité des travailleurs et surtout, résoudre le paradoxe d’un chômage structurel et d’une immigration importante.

Les politiques d’immigration devront aussi donner une réelle chance aux candidats qui frappent aux portes de l’Europe, sans les reléguer par la suite à d’improbables ghettos aux frontières de nos sociétés.
Bruno Colmant

L’immigration prendra elle-même des formes inconnues: elle se couplera à des immigrations de capitaux, mais aussi de compétences raréfiées par l’accession des  baby-boomers  à la retraite. C’est donc l’équilibre intergénérationnel du travail et de ses revenus (différés ou non) qui fera l’objet des ajustements fiscaux et financiers. Les politiques d’immigration devront aussi donner une réelle chance aux candidats qui frappent aux portes de l’Europe, sans les reléguer par la suite à d’improbables ghettos aux frontières de nos sociétés.

L’Europe devra inéluctablement ajuster le curseur de son degré de compétitivité vers une économie de marché tempérée. Sa logique devra être innovatrice plutôt que contemplative. Finalement, on a peut-être enterré trop rapidement les débats idéologiques qu’on croyait appartenir à un cycle économique révolu. L’Europe continentale sera toujours à la recherche de cette fameuse troisième voie, entre la collectivisation étatique et le cynisme mercantile de certaines économies. Cette troisième voie, c’est peut-être l’indécision entre les modèles libéral et nordique.

La plupart des sociologues et historiens l’ont parfaitement démontré, ce qui crée le succès d’une économie, ce sont le caractère, l’ambition et une mentalité de résilience et d’entreprenariat.
Bruno Colmant

Quoiqu’il en soit, nous devons absolument prendre conscience des forces rotatives qui sont en train de modifier les équilibres du monde et nous imposer des visions et des courages professionnels basés sur l’effort et la force de caractère. Ce n’est qu’à ce prix que nous réussirons à dégager la Belgique d’un modèle de rentiers pour préparer la prospérité des générations futures.

Ce qui devra aussi changer, c’est la hauteur avec laquelle nous allons aborder les choses. Cela exigera de la vision, du recul intellectuel, de l’audace – souvent impopulaire d’ailleurs -, mais surtout du caractère. La plupart des sociologues et historiens l’ont parfaitement démontré, ce qui crée le succès d’une économie, ce sont le caractère, l’ambition et une mentalité de résilience et d’entreprenariat.

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