chronique

Angela dévisse

Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

Ce 26 septembre, Angela dévisse. Son secret de popularité après 16 ans de règne? Elle était aussi proche de Frida la pauvre que de Marlène dite riche. Surtout, elle incarne toutes les mamans du monde. Elle accueille 1 million de réfugiés? Elle est Mère Teresa. Elle fait ses courses elle-même? C’est la mère Denis. Elle refuse de rendre l’argent aux Grecs? C’est la mère Thatcher. Ce couteau suisse « mutti-fonction » n’est pas maternant. Tel Brutus fomentant l’assassinat de César, elle trahira un certain Helmut afin d’atteindre le sommet du Kohl, elle lui devait pourtant toute sa carrière.

Présider la CDU était dans son ADN. Dans le genre conservatrice, elle a même gardé le nom de son ex, Merkel! Et puis, toujours la même coupe de cheveux, le même type de tailleurs. À côté d’une telle austérité, une photo de famille chez les Mormons, c’est la gay pride. Lors des sommets européens, elle fut longtemps la talibane de la rigueur, la Ben Ladette de l'austérité, ne donnant qu'au compte-coûte sa portion magique. Sans doute est-ce dû à ses origines de fille de pasteur ayant grandi à l’Est avant la chute du Mur. Alors oui, elle fut naturiste dans les années 70 et plus récemment, on la surprit mangeant des frites Place Jourdan mais lorsqu’on sait qu’à 19 ans, elle faisait partie des « Der Ungeküssten", le club des filles pas encore embrassées, cela n’ébauche pas le portrait d’une punk.

Angela s’appelle Kasner, ce qui phonétiquement exprime assez bien le ressenti des dirigeants européens lors des réunions: la Merkel? Une casse-nerfs, une casse-bonbons! Elle disait tellement NEIN lors des réunions qu’à côté, Joëlle, notre "Madame Non", est plus proche de la peluche sur la plage arrière des voitures opinant tout le temps du chef. Et de plus, casse-vitesse, Angela! La Merkel est si tortuesque dans ses réactions que naquit le verbe « merkéliser », avancer à petits pas.

Ce dimanche, une fille de pasteur s’en va, le nouveau test allemand s’ouvre. Amen.

Quand on pense que cette fille rêvait de patinage artistique! Je crois que c’est davantage par amour du côté glacial du terrain de sport que par désir d’exécuter saut de biche, piqué et saut de lapin dans un costume flashy à paillettes sur une musique de Tchaïkovski. Sa froideur vis-à-vis de la Grèce en pleine crise économique mondiale provoqua un tel melodrachme « surtout ne pas faire allemande honorable! », à côté, l’iceberg du Titanic paraît si bienveillant.

Toutefois, Angela garda quelques lambeaux de ce rêve sportif, appliquant en réunion les quatre phases des sauts en patinage: la préparation, l'appel, l'envol et la réception. Pour ce qui est de la préparation, l’escargot a sur Angela quelques longueurs d’avance. Quant à l’appel, cette impulsion juste avant l’envol, citons l’appel de Fukushima dont l’explosion poussa Merkel à arrêter le nucléaire sur le champ. Par contre, niveau réception, stopper le nucléaire pour rouvrir des centrales à charbon, même chez nous, on n’oserait pas. Enfin… à l’heure où j’écris cette chronique en tout cas!

Pas glamour, Angela a fait, fait et fera encore ses courses elle-même, achetant sans doute de la féta, de l’ouzo et des feuilles de vigne, sa façon à elle de rembourser à petits pas la facture résultant des pillages et dégâts causés à la Grèce par son pays en 1940-45.

Angela incarne ce que l’on pense de l’Allemagne. Quand on parle de fiabilité dans le secteur automobile, on pense voiture allemande. Au foot, qui gagne à la fin? L’Allemagne. Et là-bas tout porte à croître que croître est à la portée de tous!

Angela est un monument que même Christo n’envisagerait pas de dérober aux regards.

Ce dimanche, une fille de pasteur s’en va, le nouveau test allemand s’ouvre. Amen.

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