Bruno Coppens | Le self-sévice

©Sofie Van Hoof

Est-ce l’atmosphère pascale qui formate nos esprits? Je trouve en tout cas que notre ère sent la repentance, la culpabilité, l’autoflagellation, bref, le self-sévice.

Mardi prochain, le parlement flamand par la voix de Jan Peumans demandera pardon aux victimes de violences dans les institutions flamandes pour la jeunesse. Angela Merkel, honnie par la Grèce, a tout récemment posé le pied sur le sol grec pour faire allemande honorable, enfin… disons, pour saluer le retour de ce pays sur les marchés et ne rien louper d’éventuelles opportunités financières. Notre Didier Reynders se rend régulièrement au Nord du pays, se sentant coupable de visiter davantage les pays africains que cet état flamand dont il se sent soudain si proche en cette veille d’élections. Le Pape François a demandé pardon pour les actes des prêtrophiles du monde entier. Sans oublier Jérome Kerviel qui depuis des semaines marche de Rome vers Paris, comme certains flagellants au Moyen-Âge.

Oui, le monde fait son mega culpa. Bon, parfois, ça rate comme lors de la visite de Paola au chevet du Prince. En interrompant volontairement ses vacances, la Reine a tenu à faire savoir par écrit l’étendue de son affection pour son fils et elle a finalement montré à tout un pays l’étendue qui la séparait réellement de lui… Le coma semblait en fait moins artificiel que sa lettre.

Attention! Ces aveux d’humilité, sincères ou non, ne sont pas neufs. Rappelez-vous le régime de Bart De Wever. Son plan anti-fédéral ayant échoué fin 2012 (*), il a acté son échec en martyrisant son corps. Maigrir devenait un acte de contrition, sorte de scarification pour une starification. Et ça a marché! Perdant sa surcharge prépondérante, Bart prouvait l’ampleur de sa volonté, le peuple flamand pouvait donc dès lors lui accorder toute sa confiance: il sera capable d’appliquer une même rigueur au niveau d’un état. Au fond, Bart c’est… Noé. Ce péplum qui s’étale sur nos vacances de Pâques ne raconte-t-il pas le sacrifice d’un homme au service d’une cause qui le transcende: sauver le monde? Je sais, Bart, ce n’est que la Flandre qu’il cherche à délivrer d’un mauvais sort jeté par les socialistes du Sud… mais la métaphore fonctionne!

Ah! "Noé", ce film de bruits et de tempêtes, peuplé de tant d’animaux que j’étais surpris de ne pas voir Claudine Brasseur surgir, ce film où il pleut sans arrêt. Un film à l’image de notre pays qui en ce moment nage entre deux zoos… Hou la! J’ai une vision… Demain, s’il fallait sauver le monde, vous imaginez l’arche de… Nollet, sponsorisée par Texteo et recouverte de panneaux photovoltaïques? Et il faudra montrer son certificat vert pour pouvoir monter à bord… Le jour où le déluge nous trombera vraiment sur la tête, vous allez me trouver paranorak mais je suis sûr qu’avant de faire monter les animaux deux par deux dans l’arche, certains vont vouloir compter ceux qui viennent d’Anvers et les autres issus de Païri Daïza afin de prouver que le Sud a encore été bel et bien favorisé…

Bref, à cause de nos sempiternels problèmes communautaires, même avec une arche prête à prendre le large, nous sommes capables de finir noyés. Bon… Je crois que je vais me reprendre quelques antidépresseurs de Pâques fourrés praliné.

(*) Voir ma chronique du 17 mars 2012 "Babart l’éléphant".

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