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Comme Syrien n'était…

Humoriste

Quelle incroyable histoire, dites donc, cette semaine! On pensait avoir tout lu et tout entendu sur les milliers de Syriens qui tentent par tous les moyens de fuir leur pays mais là, on a atteint un sommet avec le récit de ce Syrien qui, mardi soir, a quitté la capitale en cachette et qui, plutôt que de passer par la Méditerranée ou par les frontières turques, a décidé de s’envoler… vers la Russie!

Et là, j’ignore comment Vladimir Poutine s’y est pris à Moscou mais il est parvenu à persuader ce Syrien de ne pas rejoindre l’Europe. Il est vrai que les frontières un peu partout sont fermées ou se ferment et il n’est pas simple de trouver papiers, logement et boulot. Quelques heures plus tard, ce Syrien rentrait au pays…

Voilà donc le premier exemple d’un retour volontaire et rapide au pays. Bon, évidemment, il ne s’agissait pas de n’importe quel Syrien, il est même le président de ce pays. Enfin… président, disons qu’il dirige le… Enfin, diriger… disons qu’il a le titre de chef d’un pays vidé en très grande partie par ses soins.

Voilà donc le premier exemple d’un retour volontaire et rapide au pays. Bon, évidemment, il ne s’agissait pas de n’importe quel Syrien…

J’ai quand même un peu de mal à croire que les services secrets américains et autres n’aient rien su de ce citytrip "Damas-Mouscou" de Bachar, mais je ne veux pas alimenter tous les complots qui se fomentent déjà derrière les claviers.

Au fond, peut-être que Bachar al-Assad est sorti du palais en burka. Bien qu’avec sa taille de basketteur… Qu’est-ce qui lui a traversé la tête dans l’avion? Pas mal de dictateurs ont eu tort de quitter leur "trône". Ils ne sont jamais remontés dessus. Tout palais fourmille de comploteurs, de rebelles même insoupçonnés. Il était vraiment sûr de lui, le Bachar…

De son côté, durant le vol, Vladimir pouvait avertir qui il voulait ou mieux, à l’aéroport, il aurait pu placer le président syrien en détention et ainsi se faire aimer, aduler par le monde entier, prix Nobel de la Paix à la clé et avantage majeur dans le conflit ukrainien…

Au lieu de cela, devant des photographes, Vladimir a serré la main du sanguinaire tortionnaire, des clichés qui vont ternir son image à vie.

Qu’est-ce qui fait que l’on préfère se faire aimer ou détester? Il me revient ce dialogue de film vu récemment: Calvary, film irlandais d’humour noir, grinçant et profond.

Dans la bouche d’un homme d’église, j’ai retenu grosso modo ceci: "Être aimé, on le désire tous. S’ils n’arrivent pas à être aimés, beaucoup chercheront à se faire admirer. Et s’ils n’y parviennent pas, alors ils préféreront être craints plutôt qu’admirés. Et ensuite? Ils voudront être détestés, haïs!"

Cette suite de quatre verbes sonne comme un parcours de vie glaçant. J’y pensais en voyant ces images d’ados lançant des pierres, poignardant des Israéliens, ou de ces jeunes européens partant en Syrie pour rejoindre Daesh… Ils savent qu’ils vont incarner la haine. Peut-être croient-ils que leurs noms, leurs photos diffusées dans tous les journaux et réseaux sociaux leur donneront une aura qu’ils prendront pour une forme de "respect"?

En surfant, je tombe sur le groupe "Mustasch" et leur morceau "Feared and hated", du hard rock façon AD/DC qui dit pareillement: "Je voulais être aimé, au moins admiré. Sinon, je veux être craint et haï."

En quelques jours, je tombe sur ces quatre verbes, comme une litanie morbide, une logique meurtrière, un argumentaire terrorifiant. Quatre verbes comme un mantra pour une vie en forme de curseur, se déplaçant de l’amour vers la haine dans l’ultime espoir d’être aimé, enfin! Dans l’au-delà. Dans l’au-d’Allah.

Bon… Je crois que je vais me louer un autre film, moi, moins glauque, d’Alain Resnais: "Aimer, boire et chanter". On le regarde ensemble?

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