Emotion de censure

Y aura-t-il un effet "Diables rouges" sur les prochaines élections et donc sur l’avenir de notre pays?

"C’est purement émotionnel", répondent en chœur les politiciens, "cela ne changera rien!" Traduisez: "La politique, c’est notre métier. Ne faites confiance qu’à des professionnels. Attention à la contrefaçon!" Il est vrai que poser une telle question à des élus, c’est comme demander à un prêtre si l’on peut trouver son salut en dehors de l’église, à une professionnelle si l’on peut atteindre le 7e ciel en fantasmant sur des photos de Scarlett Johansson ou à un banquier si confier son épargne à des bas de laine dans une armoire rapporte autant qu’un compte dépôt? Question hérétique, donc! L’élu doit justifier son rôle, son job. Si un ballon dans un filet remplace un programme électoral, c’est la porte ouverte à… toutes les vérandas! Pour voter droit en 2014, pas de samba avec Lukaku, une seule consigne: "Danse avec l’élu!"

Et juste au moment où ce débat est lancé, voilà qu’on déprogramme le jeu Versus sur la Une, une émission de duels entre une vedette (un cycliste par exemple) et un homme de métier (un facteur). Ceux-ci échangeaient leurs outils (le vélo ultra-performant du cycliste était confié au facteur dont la mallette se retrouvait sur le dos du cycliste) et l’on observait lequel arrivait le premier en haut d’un col! Ah! J’aurais aimé voir un Kompany dans un bureau ministériel potassant les dossiers de la prochaine réforme face à un élu muni de chaussures à crampons entamant le marathon institutionnel!

Purement émotionnel? Observez Bart, l’alarme à l’œil devant tant de drapeaux tricolores. Il n’arbore plus sa superbe, mais se demande comment tenir ses enragements vis-à-vis de ses militants face à cette fièvre fédératrice autour de l’équipe nationale. L’effet "Diables rouges" opère belge et bien.

Attention! Ils n’ont pas complètement tort, nos politiciens: regardez la tragédie de Lampedusa. L’opinion publique réclame l’intervention immédiate de l’Europe pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus. À part que, si demain on demandait aux citoyens leur avis sur une politique migratoire plus ouverte, le vote serait certainement "NON! On ne peut pas accueillir toute la misère du monde!" Effusion n’est pas fusion. Mais les politiciens ont-ils complètement raison? Georges Bush ne fut-il pas réélu "grâce", si je puis dire, au tsunami émotionnel suscité par les attentats du 11 septembre? Et l’envolée de la cote de popularité de Jacques Chirac et de Lionel Jospin après la Coupe du Monde 1998? De courte durée, certes, mais bien tangible.

En fait, personne ne sait comment cet engouement actuel se répercutera dans les urnes. Là, les supporters ont vécu les préliminaires (matches de qualification) et ils vont devoir attendre 8 mois avant la montée orgasmique en coupe du monde. Dans quel état sera leur libido lors des élections fin mai? Les Belges voteront-ils en osmose avec l’unité bétonnée des Diables rouges, rejetant toute envie de séparatisme? Une autre émotion va-t-elle nous dévaster d’ici là? Quand la raison est arraisonnée, l’émotion provoque confusions à profusion.

Ceci dit, nos chers élus devraient se souvenir de leur prime jeunesse… Combien d’entre eux n’ont-ils pas embrassé la carrière politique, fascinés par le poster de Che Guevara dans la chambre du grand frère, envoûtés par un discours du Général De Gaulle ou enfiévrés par l’élection de François Mitterrand en 1981? Et aujourd’hui, dans les auditoires de science-po, combien de fans d’Obama, de Jean-François Coppé ou d’André Flahaut?

Purement émotionnel? Mais alors pourquoi, lorsqu’il s’agit de constituer des listes électorales, certains partis font-ils des appels du pied à des sportifs, hum? Un trop-plein d’émotions sans doute…

[Suivez Bruno Coppens sur Twitter]

 

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