chronique

Garçon! Une croissance, svp!

Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

Par les temps qui coulent, il faut que nos élus, comme les rivières, sortent de leur lit et peaufinent bien leur plan de relance. Car on en a vu passer des plans Marchent-mal depuis des décennies et le PIB de la Wallonie n’a toujours pas les couleurs d’une robe de Delphine Boël. Enfer et stagnation. À chaque plan, bombage de torse, slogans façon méthode Coué et au final, un chômage pratiquant encore et toujours le développement durable. En fait, un plan wallon s’apparente au lancement d’une fusée de Jeff Bezos ou de Richard Branson, le Wallon se sent d’abord pousser des ailes, se croit propulsé au 7e ciel et puis, bardaf! Le retour sur terre est plus que précipité. C’est the show must go on et au final, chômeur go home.

On en a vu passer des plans Marchent-mal depuis des décennies et le PIB de la Wallonie n’a toujours pas les couleurs d’une robe de Delphine Boël.

Tout cela ne vous rappelle-t-il pas un célèbre sketch de Fernand Raynaud?

-Bonjour, Monsieur. Que puis-je vous servir?

-Bonjour Monsieur de la Région wallonne, c’est gentil de vous occuper de moi. Je vais prendre une aide d’urgence s’il vous plait avec une croissance, merci beaucoup.

-Ah! Je m’excuse, Monsieur, je suis vraiment désolé mais nous n’avons pas de croissance.

-Ah bon? Ho! Ça ne fait rien, mettez-moi alors heu… le plan du jour. C’est un plan Marshall, je suppose? Allez! Un plan Marschall… Avec une croissance.

-Heu… Je me suis peut-être mal exprimé mais je vous dis que des plans oui, je peux vous en servir à la pelle, nous en avons plein en réserve, ça fait bien 30 années qu’on en prépare régulièrement, nous sommes d’ailleurs assez fiers de cette spécialité maison en Région wallonne, mais hélas, une croissance, forte et puissante, nous n'en avons pas.

-Ça ne fait rien, Monsieur, je vais prendre autre chose alors, on ne va pas se disputer pour si peu… Heu... Je ne sais pas moi. Eh bien, vous avez bien au frais une indemnité ou deux, non? Alors, servez-moi cela… Avec une croissance.

-Hum… Vous êtes fatigué, vous hein? Parce que bon… Je vous répète que nous n’avons pas de croissance. Et comme c’est parti, on n’en aura pas avant longtemps. J’en suis désolé! À la carte, nous avons des promesses à tour de bras, des consultations populaires renouvelables, des discours pour les sinistrés en abondance, des visites du Roi spontanées, un numéro vert pour une aide psychologique, des aides ponctuelles permanentes, des prévisions météorologiques fiables à 75%, l’envoi de militaires sur place avec possibilité de faire des selfies en leur compagnie, des appels aux dons à foison, tout ça, oui, je peux vous les servir immédiatement mais de la vraie croissance, NON! NON! NON!

-Faut pas vous énerver pour ça ! J’étais venu parce que j’ai entendu le mot croissance dans les menus électoraux, lors des débats à la télé, en radio et aussi dans tous les discours du 1er mai depuis quasiment mon enfance alors… Mais ça ne fait rien. Écoutez, je ne suis pas un Wallon embêtant, je vais vous dire: donnez-moi ce que vous voulez! … Et une croissance.

-Dites donc, intervient un néerlandophone installé à Durbuy. J’ai tout entendu. Vous en avez encore pour longtemps à embêter ce garçon? Vous n'êtes pas malade, non ? Qu'est-ce qui vous prend d'embêter ce garçon derrière son guichet?

-Mais il y avait à l’entrée une affiche avec les têtes de tous les hommes politiques souriants et le mot croissance en grand alors je suis entré et…

-Taisez-vous! Vous avez de la chance que ce fonctionnaire au guichet a de la patience. Parce que moi, si j’avais été à sa place, il y a longtemps que je lui aurais prise, sa croissance et hop! Dans votre figure! Grrrrr ….

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