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Je ne suis pas un déconfit né

Chroniqueur, newsmanager

L'humeur de Bruno Coppens.

Le gouvernement a trouvé un slogan stimulant: "Après l’appli, le beau temps! " alors j’ai téléchargé "Parcours santé", c’est comme Tinder mais pour les asymptomatiques et les testés négatifs.

Mon profil est déterminé par mon poids, mon sexe et mon âge. En gros, si tu es une femme mince et jeune, tu reçois le code vert. Moi, ouf! Pas encore 60 balais, sans surcharge pondérale, j’ai le code "orange" et ai droit à 2 sorties par semaine. Le game commence dès que je sors! Mon smartphone affiche des tas de points colorés qui gigotent, ce sont les humains autour de moi. Je slalome pour éviter les rouges et les noirs et j’ai droit à un clap clap si je ne croise pas un seul "vert". 

En parlant d’intouchables, nos aînés sont soulagés. Dans leurs homes classés au patrimoine de l’humanité, ils peuvent désormais recevoir la visite de l’hologramme d’un membre de la famille.

Les autorités sont très reconnaissantes envers nous pour notre attitude durant le confinement. Leur reconnaissance pour l’heure est faciale. Toutes ces caméras dans les rues, on se croirait dans "Le Loft". Du coup, les gens s’habillent correctement "pour passer à la télé!" Dommage que le port du masque soit obligatoire car si je souris en rue, je reçois un pouce levé sur "Social credit", c’est comme TripAdvisor mais pour les personnes!

Notre devise «L’union fait la force» a été remplacée par «Mieux vaut prévenir que guérir».

Les internautes me cotent sur mon sens civique. Oh! Faut pas que j’oublie de cliquer sur "Vigilance citoyenne" où chacun peut dénoncer ses voisins s’ils organisent par exemple un apéro "en vrai" avec des gens hors lien de sang. C’est rigolo d’être sur écoute, lorsque j’appelle un pote, je fais exprès d’expliquer une recette de pain alors j’imagine l’agent de la sécurité nationale tentant de deviner si "farine" veut dire "cocaïne" ou si "1 cuillère de sel" équivaut à "Je vais à la mer ce w-e". Fou rire garanti!

J’aime me sentir accompagné. Dans la rue, un ronronnement affectueux m’enrobe, c’est le drone qui me donne des conseils: "Trop de monde au Brico, faites demi-tour!" "Vous êtes déjà sorti 2 fois, rentrez recharger votre batterie."

Mon chez moi a aussi un "QR Code". Tout visiteur, avant de sonner, scanne ma porte et découvre mon bilan de santé. C’est la transparence totale, perestroïka 2.0. Ma "traçabilité" est totale, c’est rassurant pour les autres et donc, pour moi. Fatalement, vu l’argent dépensé pour cette opération "safe-control", l’État n’a plus les moyens d’aider les hôpitaux. En même temps, ces applis étant dédiées à la prévention, nos services de soins sont moins sollicités. Notre devise "L’union fait la force" a été remplacée par "Mieux vaut prévenir que guérir".

Quel monde exaltant, peuplé non seulement de licornes, ces start-ups innovantes comme "data for good" à qui tu livres tes données perso afin d’améliorer ton "tracing", mais aussi de trolls qui me proposent des masques au prix d’un Picasso mais certifiés anti-Covid20, ce virus dont la propagation est prévue pour 2022. Des trolls, des licornes… Si j’ajoute le druide de Marseille, c’est sûr, je vis dans un récit d’heroïc fantasy!

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