chronique

L’amour est dans le prêt!

Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

Entre 25.000 et 50.000 personnes pour la marche pour le climat de dimanche dernier. J'ai l’impression que Thomas Pesquet, tout là-haut, a eu une vue plus juste du nombre de marcheurs que les organisateurs et notre police nationale réunis! Pourquoi lancent-ils des chiffres au vogelpif?!? Quoique… Comme l’écart entre les chiffres des uns et des autres varie souvent du simple au double lorsqu’il s’agit de manifestations, existerait-il un comité de concertation?!? Ayant marché dans les rues de Bruxelles, je me sentais vraiment entouré d’une marée humaine mais au fond, c’est comme l’hiver au Québec, lorsque vous débarquez, le bulletin météo a beau afficher -10°, les sensations physiques dans les rues de Montréal vous persuadent que le refroidissement climatique est en cours. Tout est question de ressenti.

Tenez, prenez ce fameux prêt du fédéral à la Wallonie, ce "geste" pour venir en aide à notre région sinistrée. À voir la réaction de nos élus francophones, l’amour fédéral est dans le prêt! L’État se mue donc en agence bancaire prêtant à la Wallonie au taux du marché (C’est gentil!), fixe (Oh! Quelle largesse!) et sans remboursement pendant les cinq premières années (N’en jetez plus! C’est trop!) pour qu’en retrouvant une croissance (On fera notre petit possible!), la Wallonie puisse rembourser ledit prêt (Nous réappauvrir au final? Pas de souci. Encore merci, on signe ici?)…

«Nous ne sommes QUE la Belgique!» Cela résume tout de l’état de mon pays déjà prêt pour les élections de 2024.

Je n’ose pas imaginer le ressenti de Jan Jambon. Il doit être super fier d’avoir précédé de quelques jours le "geste" d’Alexander De Croo, en proposant de nous prêter de l’argent, vu que l’état de la Wallonie se situait au niveau de la Grèce (Oh! Je n’ose pas imaginer le ressenti des Grecs, eux qui ont déjà subi la dictature des colonels, le Nein de Merkel et Nana Mouskouri). Jambon réactivait ainsi l’ancestrale solidarité Nord-Sud, un peu comme les opérations "Iles de paix" et leur célébrissime slogan: "Si tu apportes un don à un Wallon, il se reconstruira un jour. Si tu lui offres un prêt, il paiera toute sa vie!"

Mon ressenti est que l’écart entre le mantra martelé hier en pleine pandémie sur cette Belgique "une équipe de 11 millions!" et le geste d’aujourd’hui bien moins solidaire pour reconstruire une belle partie de celle-ci est aussi important que les chiffres publiés en fin de manif. Bien sûr, le Fédéral ne fait qu’appliquer les articles de loi empêchant d’offrir de l’argent aux régions, bien sûr, nos élus wallons n’ignoraient pas cela, ont quand même espéré recevoir un don pur et simple pour au final se contenter de ce prêt… mais à force d’être perçu comme un citoyen de seconde zone dans son propre pays et de constater que nos représentants n’arrivent pas à imposer leur volonté, mon ressenti devient ressentiment.

Du coup, je ne suis pas du tout choqué d’entendre Kevin De Bruyne, juste après la défaite des Diables face à la France et à l’Italie en petite finale de la Nations League, déclarer: "Nous ne sommes QUE la Belgique!" Cela résume tout de l’état de mon pays déjà prêt pour les élections de 2024 qui accorderont encore plus d’autonomie à chaque région. La  Belgique de demain? Chacun pour soi et adieu pour tous.

Mais à ce moment-là, l’écart entre l’appellation d’État fédéral désignant encore notre pays et le statut de cohabitants qui résumera au quotidien notre relation entre francophones et néerlandophones sera si extrême qu’on regrettera le temps où, entre organisateurs et forces de l’ordre, les chiffes des manifs variaient du simple au double…

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