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L'origine de notre monde

Regardez encore une fois le tableau de Courbet et vous découvrirez une belle métaphore de notre pays.

Entre le nord (à droite, toute!) et le sud (un peu plus à gauche!), au fil des négociations, cela se tend tellement depuis le 26 mai que si la Belgique était un string, Bruxelles exposerait l’origine du monde à ciel ouvert. Je sais, ce n’est pas très valorisant pour Gustave Courbet dont on fête en ce moment les 200 ans de la naissance. Et pourtant, regardez encore une fois son célèbre tableau et vous découvrirez une belle métaphore de notre pays.

L'Origine du monde (Gustave Courbet) ©© Artepics

Zyeutez d’abord les deux jambes du modèle que le cadre coupe bien au-dessus du genou. Celle de droite, fatalement, représente la Flandre. Elle est posée sur le sommier alors que l’autre jambe incarnant la Wallonie pend vers la gauche, sort du lit, le pied est-il en l’air ou posé au sol? Peu importe! On voit nettement que la jambe flamande est en appui alors que l’autre semble végéter, insouciante. L’une est travailleuse, l’autre épicurienne. L’une germanique, l’auteur latine…

Dans ce tableau datant de 1866, on découvre que Gustave avait déjà bien saisi les mentalités du nord et du sud d’un pays né pourtant seulement quelques années plus tôt… L’écart entre les deux jambes reflète bien celui entre les deux communautés à la sortie des urnes un récent dimanche d’élection.

Remontez maintenant vers le haut des jambes et admirez comme elles s’unissent harmonieusement pour offrir une zone d’attraction plus forte que toutes celles de la foire du Midi réunies, cette luxuriante pilosité que forme en un bouquet touffu parc du Cinquantenaire, bois de la Cambre, forêt de Soignes, parc Josaphat et tant d’autres. Tout cela crée un point d’extase offert au monde entier, une expo universelle permanente en fait.

Quittez un instant cet endroit hypnotique pour découvrir un poil plus haut un mince nombril, à peine visible, dont la taille est au diapason d’une capitale qui ne se monte pas du col, un nombril si petit qu’il fait l’humilité, si discret qu’il faut lui pardonner…

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Et enfin, remontez le regard vers ce sein droit au téton dressé alors que le gauche reste, lui, bien camouflé sous le drap. Le sein de la Flandre, celui de la mer nourricière, s’affiche fier, il est prêt à servir, à déverser tout son lait. Le sein gauche, planqué sous les draps, peut-être endormi, attend d’être réveillé. Le droit est utile, l’autre juste là pour le plaisir… Le sein de Flandre, presqu’exhibitionniste, reflète un rapport au sexe plus naturel au nord. Le gauche wallon, teinté de pudeur, garde sa part de mystère et se révèle plus érotique que son double démonstratif.

Pas de tête? C’est le portrait de notre pays au lendemain des élections. Les bras semblent coupés? Comme ceux des Belges errant dans un pays ingouvernable.

Le tableau de Courbet est une carte du tendre qui de monts en vallées dépeint notre pays, ce qui nous unit, ce qui nous sépare… Et, cerise sur le gâteau, le corps du tableau est alangui, endormi, comme l’est notre pays au gouvernement minoritaire en affaires courantes…

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