L'origine du monde

Fête des mères ce dimanche. Alors, chers enfants, offrez à votre maman un cadeau original: un poster de l’"Origine du monde" de Gustave Courbet.

Oui, offrez-lui ce tableau magnifiant le lieu d’où vous fîtes votre cocooning-out. Cela changera, reconnaissez-le, des machines à café Nespresso ou autre fer-vapeur-réveil-wi-fi-stéréo. Bon, évidemment, je ne sais si, comme pour vos bricolages d’école primaire, elle montrera cette reproduction à toutes ses amies, peut-être trouvera-t-elle ce présent déplacé, "osé" (même si le tableau date de 1866…) et par trop réducteur car si elle demeurera à jamais votre maman, il y a une femme qui sous la toison dort.

Elle a raison mais votre intention n’est pas du tout de la renvoyer à l’état de femme fœtale, plutôt de l’amener à mieux comprendre pourquoi vous traversez l’adolescence avec un si grand mal de mère. En effet, en donnant cette toile qui présente de façon quasi géographique voire échographique le lieu de votre première rencontre intergénérationnelle, vous n’exprimez nullement un regret ou une intention déguisée, genre "Je suis un Tanguy et je resterai toujours dans ta maison, môman". Bien au contraire, mettre sous le nez de votre génitrice, tel un zoom sur Google Earth, l’indication précise du point de rupture entre vos deux corps est une manière explicite de lui dire que vous avez grandi! Et donc, tout comme elle formula après neuf mois de grossesse et une vingtaine de kilos, une demande d’expulsion en bonne et difforme, vous chassant, samu militari, de son for inférieur, elle pourrait aujourd’hui comprendre qu’ayant réussi au fil des années à recréer un nouveau cocon dans votre chambre, vous désiriez aussi l’en expulser, raffut militari.

D’accord, cette chambre est aussi dévastée que le cerveau de Luc Trullemans selon son dernier bulletin météoneurologique mais pourquoi vous demande-t-elle sempiternellement de ranger votre espace intime et surtout de faire moins de bruit! Est-ce que vous avez protesté, vous, pendant les si longs mois passés dans son ventre, secoué par des bruits corporels incongrus, perturbé jour et nuit par les soubresauts d’une tuyauterie non-révisée, bousculé par des mouvements asymétriques et mis sang-dessus-dessous par des déplacements inélégants? Vous, le bébé éprouvé, extirpé violemment du "corps-de-muse" maternel, déclarez à travers cette œuvre de Courbet que le cordon nombrilical est définitivement coupé.

Et puis, d’une main, cachez le titre de l’œuvre qui, il est vrai, induit une lecture trop maternisante du tableau. Objectivement, Courbet représente davantage le sexe de la femme que "l’antre-de-mère". Et comme votre mère revendique sa féminité (voir, pour les poissons rouges qui me lisent, le début de la chronique), caressez-la dans le sens du poil (c’est une expression hein!). Dites-lui que l’on aurait trouvé récemment le visage et le corps du modèle ayant posé pour le peintre et que vous comparez cette découverte à l’évolution du féminisme! En effet, avec un corps représenté au-dessus de cette toison si désirable, la femme est enfin reconnue comme un être humain à part entière et non plus comme un réceptacle procréateur comme le soulignaient lourdement nos ancêtres. Ajoutez, cerise sur le tableau, que son visage (celui de votre mère, oubliez le modèle!) représente pour vous celui de la femme idéale. Et concluez en disant qu’il n’y a de mère qu’elle. Aaaargh… Merkel?!? Hou là! Non! Désolé! Ne dites surtout pas ce nom-là. Vous parlez féminité, elle, c’est le contre-exemple! Allez! Bonne fête des mères.

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