chronique

La rentrée solaire

Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

À l’heure où l’on se demande si l’écriture inclusive sera appliquée dans les écoles afghanes dès cette année scolaire ou la suivante, à l’heure où Joe Biden qualifie le retrait de ses troupes de succès extraordinaire comme s’il venait de gagner à un escape game alors que ses soldats en criant « Faut que GI! » se sont barrés lors d’une course pour fuite avec des talibans arborant déjà des armes made in USA. À l’heure où pour expliquer l’absence de solidarité européenne envers les réfugiés afghans, Charles Michel ose l’argument commercial: «Il ne faut pas ouvrir de nouveaux marchés pour les trafiquants d’êtres humains», comme s’il s’opposait à l’ouverture de succursales de Sushi Shop dans toute l’Europe. À l’heure où les glaciers se rapprochent peu à peu de la taille des glaçons, où les forêts passent feu à feu du statut de climatiseurs à celui de grille-pins, où les dômes de chaleur ont récemment créé un nouveau concept, le burn in. À l’heure où la Toussaint a remplacé l’été. À l’heure où la vaccination en magasin n’a pas encore super marché.

"Stop!!! Bruno, c’est la rentrée, regarde vers l’avenir, sors acheter ton nouvel agenda."

Stop!!! Bruno, c’est la rentrée, regarde vers l’avenir, sors acheter ton nouvel agenda, celui qui couvre deux années, 2022-2023! Je sais, vous allez me trouver hyper optimiste quant à la date de péremption de la planète mais je table, malgré son obsolescence programmée dans le rapport du Giec, sur une prolongation de son existence, sur un sursaut jusqu’en 2024! Une année bissextile, c’est de bon augure, non? Du coup, je rentre dans une librairie-papeterie et devant moi, un trentenaire, chemise indienne, sac en lin à l’épaule à l’effigie du magasin « Chez la frisée et ses lardons », à la ceinture une gourde recyclable, lisait sa liste de fournitures scolaires.

-Une latte, s’il vous plaît.

-Bien sûr, répond la vendeuse qui en déposait une en plastique transparent.

-Pas celle-là, elle est composée en grande partie d'acide polylactique, je voudrais celle fabriquée à partir de fécules de maïs, totalement biodégradable.

-Heu… Sachez quand même qu'avec celle-ci, si vous l’achetez, vous recevrez un bloc de feuilles gratuit!

-Ah? Des feuilles blanchies à 100% garanties sans chlore?

La vendeuse tente de lire sur l’emballage.

-Si vous ne voyez pas le label P.E.F.C, reprit le père écoresponsable, c’est qu’il n’y a pas de fibres de cellulose neuves.

-Je vais demander…

Tout en feuilletant des agendas, j’entendis parler de porte-mine en bois d’érable, de plumier fabriqué au Sri Lanka dans des conditions de travail décentes, je m’attendais à entendre « Et une trousse de toilette mais en toilette sèche, merci! ». Je m’empare d’un agenda reprenant des phrases d’auteurs mais découvre des extraits de romans de Saint-Exupéry. Je me suis surpris à calculer l’empreinte écologique du Petit Prince, celui de son pilote de créateur, pas écocompatible du tout. Je ne l’ai pas pris.

Épuisé, je me suis recouché. Soudain, les doigts agrippés aux draps comme à une barre d’accusé au tribunal, je m’angoissais: « Les draps! Ma poudre à lessiver? Avec colorants?!? Y a-t-il des pesticides dedans? Du Monsanto? Et mon dentifrice? Serait-ce des petits Chinois dans une cave qui pousseraient la pâte dans le tube!? »

Je ne ferme pas l’oeil de toute la nuit mais soudain, je me rappelle ce livre que j’ai acheté, mon livre de la rentrée! Très vite, en le lisant, j’ai senti une sueur d’espoir couler sur mes joues, comme un phare dans l’ennui. Je tenais en main un invariant! Mieux, un vaccin! C’est le… hum. Je vous révèle tout samedi prochain. Nous serons le 11 septembre. Il est vital, me semble-t-il, que pour cette date aussi déprimante que ma chronique, je vous prépare une rentrée solaire.

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