Le constat "Concordia"

©Sofie Van Hoof

Ne partez pas! Cette chronique n’évoquera pas le redressement du célèbre paquebot.

Même s’il s’agit d’un exploit scientifique et technique, que cela permet à l’Italie tout entière de se relever de son marasme médiatique et d’oublier son autre épave politique…, ras-la-botte du "Concordia"! Vous en avez soupé, déjeuné, petit-déjeuné voire goûté. Seulement voilà…

Il se fait qu’en lisant le nom du bateau, j’ai pensé au Pape François! "La concordia" est le mot qui le qualifie le mieux. La concorde du préfixe "con": avec et "cor": le cœur. Vous lisez bien "L’Echo" et non "Témoignage chrétien", rassurez-vous, mais analyser l’esprit jésuitique en mouvement au Vatican est une façon de comprendre le monde en marche. Prenez la récente déclaration du numéro 2, Pietro Parolin, nommé par François: "Le célibat des prêtres n’est plus un dogme et on peut en discuter." En lisant objectivement la formulation, il n’a pas dit être favorable au changement de statut des prêtres, mais, dans l’opinion, nous avons eu l’impression que, demain, les prêtres pourraient se marier! Quand le Pape François déclare à Rio "Qui suis-je pour juger les gays qui cherchent le Seigneur?", il se prononçait bel et bien contre la stigmatisation des homosexuels, certes, mais il n’a dit pas qu’il approuvait le mariage pour tous.

Or, dans la tête des gens, si le Pape a déclaré cela, il y est forcément favorable. François, en fait, entrouvre des portes verrouillées par ses prédécesseurs et laisse sous-entendre ce que chacun a finalement envie d’entendre! Un parfait ballet diplomatique, quoi! L’habile fait le moine. Le Pape fait le premier pas de danse et emmène l’opinion publique dans sa valse, une valse-hésitation évidemment car comme "Ne jamais déplaire à quelqu’un" est une règle de base chez le Jésuite, le Pape ne tranche pas vraiment. Attention! S’il ne chambouleverse pas tout au Vatican, j’avoue que le fait de voir un chef religieux poser un regard "à hauteur d’homme" sur le monde est déjà en soi une révolution. Avant, le Vatican faisait du "clivantélisme", rejetant ceux qui ne se conformaient pas aux bulles papales. François rompt avec le passé manichéen. Il lave les pieds des drogués, côtoie les vendeurs de came. Il fait du walking-dealer, notre Pape, afin de garder le lien. Il relie bonus et malus avec sa bonhomie pour interface: jamais Dieu sans trois! Ce souverain pas pontifiant prône la réconciliation. "Laissez venir à moi les petits méfiants!" Cela frôle un peu la méthode Coué: "Le chrétien ne peut être pessimiste! Il n’a pas le visage d’une personne en deuil permanent." Dieu est humour? Alors François sourit allégrement, sincèrement.

Les battements d’aile d’un Pape mignon peuvent-ils provoquer un tsunami à l’autre bout de la terre? J’ai cru un instant que l’arrangement imaginé par Poutine à propos des armes chimiques syriennes était porté par un vent papal. Éviter la guerre, quelle belle œuvre… Une manœuvre en fait, Vladimir devait gagner du temps pour sauver son ami Bachar. Après? On verra bien, l’avenir appartient à ceux qui ont le veto. Ce n’était donc pas le coup du Pape François. Le monde va-t-il se jésuiter? À voir… En tout cas, désormais, l’Église met enfin de l’eau dans son divin et le Vatican connaît un taux d’humilité rarement rencontré dans cette partie du Sud de l’Europe…

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