Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

Lovedown party est le nom de la Saint-Valentin en temps de Covid. Il n’y a pas qu’au boulot qu’il faut se réinventer, en amour itou! N’attendez pas le monde « d’après » pour tomber in love, le monde de « pendant » risque de se prolonger plus que de raison. Seulement voilà, une rencontre via Zoom peut-elle vraiment devenir une loft story? Que deux coeurs, par écrans interposés, s’embrasent comme lors d’un mouvement de greffe, rien d’impossible, mais le souci est de savoir… où placer l’ordi pour ce «call love video »? Pas dans le bureau, ce n’est pas du boulot! La cuisine? Pas romantique. La chambre? Trop rapide. Voyager de salon en salle de séjour? Un dating n’est pas une visite d’appart, ne confondez pas beauté intérieure avec intérieur de toute beauté sinon, vous risquez le zumping (contraction douloureuse de « zoom » et de « dumping » qui signifie « larguer »), une rupture en cours d’appel vidéo. Oubliez! Même si en ces temps malsains, l’autre est devenu danger potentiel, l’amour est dans le présentiel. Osez sortir! « Que j’usasse d’audace serait sensas! »

Saint-Valentin en temps de Covid... Vous gardez le masque durant toute la rencontre pour attiser le désir et au final, «pécho » comme disent les jeunes.

La méthode la plus expéditive s’appelle le corona-cuffing, le fait d’emménager avec une personne que vous venez de rencontrer, sans la connaître! À ne pas confondre avec prise d’otage. Cuffing signifie « passer des menottes à quelqu’un », cette manière efficace d’éviter l’isolement vous semble peu romantique? Alors, tentez le maskfishing, technique de drague idéale pour ceux et celles peu confiants en leurs charmes. Vous gardez le masque durant toute la rencontre pour attiser le désir et au final, « pécho » comme disent les jeunes, en tout cas jusqu’en 2000. Le masque comme objet sensuel, ça vous rend le Covid bien plus « sympa » comme disaient les vieux aux jeunes de l’an 2000.

Mais sans restaurant ni bar, où vous rencontrer? À la piscine! C’est ouvert! Hum… Se présenter devant l’être désiré en maillot lycra ou en laine est un déballage de chair façon « jugez sur pièce » trop exhibitionniste, vous n’êtes pas dans « affaire conclue », sans parler d’une ambiance sonore à faire aimer les acouphènes. Oubliez aussi les centres de vaccination. Il reste donc… les musées! Contempler ensemble la sculpture d’un couple enlacé est un message qui se passe de décodeur. Ou alors les librairies! « L’amour, c'est vivre dans l'imaginaire de l'autre (*) » écrivait Camille Laurens. Invitez l’inconnu.e de votre rêve à vous retrouver au rayon romans un livre à la main. Vous arborerez  « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi » de Jean-Paul Dubois. Cela parle dépression et divorce mais le titre est stvalentinesquissime. Par contre, s’il ou elle tient en main « Cent ans de solitude « de Gabriel Marquez, prétextez un couvre-feu imprévu, rentrez chez vous et, alors que la nuit étreint la lumière, endormez-vous près du seul partenaire fidèle qui ne vous lâchera jamais: Tinder, Meetic, Be2, PlaisirExpress, Ashley Madison, RencontresMatures, iDates, …

(*) «Celle que vous croyez » de Camille Laurens

Lire également