Monarque se tend

©Debby Termonia

L'humeur de Bruno Coppens

Il vit dans son musée de sire, le palais de Laeken. Le confinement, il connaît. Il a grandi dans des costumes qui l’ont amidonné. Avec sa démarche rigide, parfois on l’appelait " Règne Man ". Son dégel a pris du temps. C’est Mathilde, sa belle au Roi dormant, qui l’a démoulé.

Il est le 7ème roi des Belges, un chiffre porte-bonheur! Parfois.

On se moque encore de lui aujourd’hui. À cause de cette photo "vu du ciel" où il posait avec toute sa famille dans le parc: #Stay at home! 

Tous ses mots sont confinés. La dictée du Balfroid, il la subit chaque fois qu’il s’exprime. Il doit même montrer son discours de Noël à la Première ministre, comme un cancre. Poupée de Sire, voilà ce qu’il est. Les seuls amis qui le comprennent? Tatayet et Panacloc, eux aussi ne disent que ce qu’on leur permet de dire.

"La poupée de sire a déchiré ses habits. Le Roi, ému, est nu, il mue."
Bruno Coppens

Cet été, opération: # Stay at Royaume! Philippe fait son patriote acte: il visite Bokrijk CLIC, le tombeau du géant CLAC. Sur les photos, sa famille à l’avant-plan, on ne voit pas bien le paysage, cela n’aidera pas le tourisme local mais on se réjouit du futur album Panini et des phrases de récré: "je t’échange Mathilde en tailleur beige contre Flupke en pull à carreaux"

Le 21 juillet, il n’aura pas droit au défilé, aux feux d’artifice, même pas à la chenille "Tout le monde s’éclate a-a-a Laeken-neu-neu! On se marre à Laeken-neu-neu ". La vie d’un roi belge, c’est comme une oeuvre de Soulages.

Il n’est pas un triste sire mais un sire triste. Pour ne pas pleurer, il fait ce qu’il pleut. Parfois, des trucs en cachette. Prince, il avait un second passeport, un faux nom, Philippe Dermulle, et il voyageait dans une vie parallèle.

D’un royal câlin, Philippe a eu quatre enfants, ses "allaités royaux" dont la future reine, Élisabeth. Du coup, il a une mission: chaperon. Cela tombe bien, on vient de lui retirer son CDI "désignateur d’informateur". Depuis le déconfinement, les politiques imaginent former des gouvernements sans passer par la case palais!

Et au même moment, on déboulonne les statues d’un ancien roi. Son musée de sire est en odeur de suinteté à cause des colonies, comme une carie qui gâche la couronne. Il devrait présenter ses excuses pour son père qui n’a rien dit en 2010 à Kinshasa, pour son oncle Baudouin pris en flagrant déni dans son discours sur l’indépendance en 60, pour cet ancien Roi à barbe et puis aussi pour son frère qui ne trouve toujours pas sa place, pour sa demi-soeur qui a toujours su où était la sienne… Alors il se fend d’une lettre, comme s’il se déboulonnait un peu lui-même.

Juste un peu. Juste des regrets.

Premier pas, timide. Trop timide. Façon Philippe. Jamais un mot plus haut que l’autre, vif comme une voix de GPS, à l’image de son palais sans éclat avec lequel il a tant d’atones crochus.

Mais avec cette lettre, Philippe ajoute une corde à monarque: la sincérité. Il écrit "Je"  et ce n’est plus Balfroid qui lui dicte les mots.

La poupée de sire a déchiré ses habits.

Le Roi, ému, est nu, il mue.

Le surnom d’Albert II était " papillon ". Son fils vient de sortir du cocon. Son monde d’après peut commencer.

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