Humoriste

Je vous entends déjà soupirer en lisant le titre de cette dernière chronique avant mon départ pour le Sud (*), murmurant: "Quand est-ce qu’on va arrêter de nous bassiner avec ce bicentenaire?"

Oui, désolé de revenir encore une dernière fois sur ces commémorations, mais je trouve capital de revenir sur un fait majeur qui n’a pourtant tenu que le temps d’une dépêche AFP: Serge Kubla n’était pas présent lors des reconstitutions. Vous me rétorquerez que l’absence de François Hollande est quand même plus marquante, non? Pas du tout! François Hollande n’a rien compris à la marche de l’Histoire, Serge, par contre, oui! Sa "retraite" temporaire n’est pas anecdotique, elle éclaire même toute cette manifestation à la gloire de l’empereur… car l’absence de l’ex-bourgmestre qui a récemment perdu poste et réputation, son départ à l’étranger durant les festivités, cela rappelle inévitablement l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène, peu après sa défaite à Waterloo. Je vous sens sourire évidemment. Mettre sur le même pied ces deux figures paraît totalement incongru. Alors replongez-vous un instant en juin 1815! Après la bataille de Waterloo, beaucoup aussi auraient ri si on leur avait dit que Napoléon serait un jour le plus grand héros de la France, que sa gloire posthume serait si éclatante que, pour beaucoup, le vrai vainqueur de Waterloo demeurerait à jamais cet empereur déchu! Et pourtant, tout comme on refuse de voir que la butte du Lion est à Braine-L’Alleud, les gens dans le monde se disent que Napoléon est finalement "the winner"!

Serge a saisi, à travers le destin de l’empereur, les épreuves qu’il lui faudrait traverser pour passer à la postérité… Napoléon l’écrit lui-même: "Si Jésus n’était pas mort sur la croix, il ne serait pas Dieu!" En quittant sa ville chérie, Serge entame sa cure de rédemption.

François Hollande, lui, n’a pas cette lucidité, il n’est pas venu! Pourtant, en mode commémorations, il est le meilleur: du Panthéon aux cimetières des soldats tombés lors des Grandes Guerres, il a le don pour valoriser le passé, compensant ainsi son manque de prise sur le présent et l’avenir de la France. Mais j’imagine qu’assister à un échec, même avec son et lumière, ne peut que le renvoyer à ses propres défaites en tant que chef de la France depuis son accession à l’Elysée. Et voilà l’erreur que n’a pas commise Serge. Celui-ci a reconnu ses torts publiquement: "ça fonctionne comme ça au Congo!" Pris la main dans la mallette, il ne s’est pas réfugié dans le déni, comme le président français semble le faire, utilisant la méthode Coué pour ligne de conduite. Le refus de Hollande de venir à Waterloo n’a donc rien à voir avec l’exil, certes court, de Serge Kubla. Le premier continue à faire bloc dans la tempête qui gronde à travers tout l’Hexagone, alors que le second se retire comme on marche vers Compostelle, comme on se flagelle. La crucifixion est la condition sine qua non pour renaître demain. Regardez DSK! Il a été humilié, traîné en justice et aujourd’hui, blanchi, il voit que 40% des Français souhaitent son retour en politique! Et Juppé! Après les affaires douloureuses qui l’ont abattu politiquement sous Chirac, il s’est exilé au Québec, le temps de se faire oublier, comme on demande pardon. Et le voilà aujourd’hui mieux placé dans les sondages qu’un certain Sarkozy qui n’a rien compris au timing de l’équation "échec-acceptation-rédemption". Le "Naboléon" n’a ni attendu ni avalé son échec aux élections de 2012.

Ho! Ce n’est évidemment pas demain la veille que Serge Kubla retrouvera son aura d’antan. Pour citer approximativement Corneille (l’écrivain, pas le chanteur…): "Aux âmes damnées, la valeur attend le nombre des années". Napoléon n’a été "réhabilité" qu’au fil des années grâce au concours de quelques bons hagiographes et d’écrivains de talent. Que serait devenu Bonaparte sans Hugo? Bon… Je vois mal une Amélie Nothomb s’atteler à raconter les exploits de Kubla mais par exemple, que ce dernier participe, dans 15 ou 20 ans, à l’émission de Stéphane Pauwels "Les orages de la vie", ce serait une toute première étape… Bonaparte ignore évidemment tout de sa gloire posthume. Je crains que Serge ne connaisse pas de son vivant son retour en grâce. Peu importe, que son nom demeure dans l’Histoire serait déjà une récompense inespérée. Merci Napolion!

Bel été et vivement la rentrée!

(*) Je jouerai "Trac!" du 4 au 26 juillet au Festival Off d’Avignon au Théâtre des 3 Soleils (4, rue Buffon) à 18 h 30.

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