chronique

Nous vivons un temps péril

Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

Le malheur s’est arrimé près de chez nous. Sans précédent, les inondations s’ajoutent à l’apparition récente du dôme de chaleur et autres catastrophes naturelles incendiant l’été à travers toute la planète. Il n’y a donc pas que les kiwis, les mangues, les tissus soyeux et autres pierres précieuses qui nous parviennent du bout du monde, désormais sont aussi importées ces furies climatiques que l’on croyait jusqu’ici estampillées made in Louisiana ou Indonesia. Les ouragans sont-ils chez nous à portée demain?

La nature n’a plus que les cieux pour pleurer.

Nous vivons l’inévitable effet de balancier. Comme en Asie des humains déforestent à la sauvage, que d’autres par milliers sabrent dans les jungles brésiliennes comme l’on coupe un gâteau en parts régal, la nature du coup n’a plus que les cieux pour pleurer. Et ceux-ci semblent bien avoir entendu son appel désespéré. Ainsi, ici et là, les eaux s’abattent, déferlent, tumulte tueur. En colère, les vagues abondent, débordant tous les bassins de rage sur leur passage. Très vite, elles prennent le maquis, les haies, les forêts, ce qu’elles trouvent dans les barrages. Les fleuves quittent leur lit-cage en béton. Rives, quais, digues sont fracassés et en quelques heurts, les eaux gonflent pour former un véritable océan pas si fixe, entrant bientôt en transe atlantique. Des barques et des bateaux deviennent des faisceaux fantômes. Le déluge est devenu soudain si puissant que même dans ce cas Noë, il n’emmènerait pas l’arche.

Ces réfugiés climatiques sont loin d’être sortis de l’autre berge.

Aujourd’hui, en Wallonie, des milliers de gens sont à la rue, ahuris, leurs maisons ont pris la poudre des tempêtes avant, déracinées, de s’effondrer. Crues cruelles. Vies emportées par les flots. La protection virile ayant été récemment laminée, ces réfugiés climatiques sont loin d’être sortis de l’autre berge, condamnés aux travaux forcenés. Les villages restent de boue. 

Depuis quelques jours, avec la chute du débit, nous vivons un moment de répit, de dépit aussi. Car il existe évidemment des climatosceptiques pour se poser encore et toujours la même question obsolète: "Si cela trombe, ces intempéries n’ont rien à voir avec le dérèglement climatique! Faire d’office le lien de cause à effet de serre serait trop hâtif", disent-ils distillant l’idée que l’humanité a encore bien le temps, qu’il n’est pas minuit moins lune. Il leur faut, preuve à la pluie, la certitude que la fonte des glaces entraîne la montée des eaux, ce que les rapports du GIEC démontrent point par point de décennies en damnées années.

Il ne faut plus tourner autour du pôle, la Wallonie écope. Tous, on écope. On écope, on est copains, la nature et nous. Au tout début, les hommes ont débarqué sur la toute première colloc terrestre, la nature nous accueillant dans son eden, ce paradis qui au fil des siècles a vu son espace vital miné. L’homme au fil du temps a coupé l’espoir en deux d’une cohabitation toute en harmonie. Et cela fait trop d’années que la nature en voit de toutes les douleurs. D’ores et dégâts, nous sommes à la vie liés. Humanité, nature, nos destins sont communs. 

Nous vivons un temps péril. Ces inondations sont des lances d’alerte. La Wallonie sous eau, comme une nouvelle petite cure de rappel. Sédentaires, nous étions depuis tant de lustres et là, peu à peu, au fil des catastrophes, nous redevenons ce que nous fûmes à l’état primitif, au temps de l’homo sapiens, des migrants. Certains ont déjà préparé leurs valises, d’autres partent sans rien. Demain, après-demain, tous migrants. Comme avant. Tous sans frontière, tous sans domicile fixe, tous sans… Tous ensemble.

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