chronique

To Moreau land

Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

C’est le nom du festival qui se déroule à Liège: « Welcome to Moreau land! » Plus qu’un titre, c’est un slogan dévoilant l’atout majeur de la ville: Stéphane Moreau, oriflamme de la cité ardente, emblème d’un folklore local en pleine ébullition. Sa réputation n’est pas surfaite mais surfante et s’il est le maître d’oeuvre, ses élèves au garde-à-Voo ne déméritent pas.

Ainsi, rendez-vous à l’aéroport de Liège où se tient une exposition temporaire de l’ensemble des oeuvres surréalistes de Luc Partoune regroupées sous le titre « Paiements atypiques ». Pour la première fois, sont rassemblées par le commissaire de l’exposition Deloitte des notes de frais aux justifications si fantaisistes que Disney envisage d’engager l’artiste comme scénariste et aux montants si élevés que Thomas Pesquet se ferait un plaisir d’en tutoyer le sommet. À l’entrée, dans le livre d’or, ce commentaire d’un visiteur enthousiaste: « Merci pour l’expo. On s’est bien fait Bierset! » En sortant de là, chacun conçoit mieux le choix de l’aéroport de Liège comme base stratégique pour Alibaba. Il y avait déjà des voleurs, il ne manquait plus que lui pour compléter le tableau.

À ceux et celles qui éprouveraient quelque réticence à visiter l’exposition d’un homme surnommé « Passe-Partoune » vu sa capacité jusqu’ici à esquiver les coups de la justice, rappelons que Rimbaud fut trafiquant d’armes et que Verlaine passa aussi par la case prison.

Ah! Liège, ses couchers de soleil, ses scandales en coulée continue, ses élus à coup de fiston politique...

En parlant poésie, j’aurais aimé, comme beaucoup, goûter au style d’écriture d’Alain Mathot. Ses échanges épistolaires avec Philippe Leroy, l’ex-patron d’Inova, méritaient une exhibition publique. Hélas, la proximité de l’incinérateur, thème récurrent entre ces deux auteurs, servit de réceptacle à ce courrier abondant, sorte d’autodafé d’un Mathot manquant sans doute de confiance en son talent.
Quant à Stéphane Moreau, son seul en chaîne fut joué à huis clos dans deux prisons du pays. Une reprise est d’ores et dégâts en préparation.

Qu’il y ait magouille dans le potage, cela fait partie d’une tradition liégeoise bien ancrée. Ah! Liège, ses couchers de soleil et ses ‪levées d’immunité parlementeur, ses descentes de police et ses retours d’ascenseurs, ses scandales en coulée continue, ses élus à coup de fiston politique, ses arrangements entre admis, ses transactions vénalesIl est vivace l’esprit frondeur et railleur de Liège et ce festival démontre une nouvelle fois que ses artistes sont passés depuis longtemps du côté obscur de la farce.

«  Welcome to Moreau land » colle parfaitement au logo de la ville. Vous voyez? C’est le perron liégeois graphiquement représenté par 5 traits verticaux de taille différente, comme 5 doigts en fait et, devinez lequel est bien dressé? Le majeur! Comme un pied de nez au monde entier. «  Vous allez voir ce que vous allez… vous faire voir! »  

Vu le succès, le festival est prolongé.

Lire également