chronique

Un monde en santé est-il un monde enchanteur?

Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

En cette rentrée, j’ai l’euphorie du forain qui en serrant le dernier des 2.500 boulons de ses montagnes russes apprend le report de la foire en juillet 2021. Ça n’va pas fort. Un signe qui ne trompe pas chez moi, c’est mon choix de palindromes. Vous savez, les palindromes, ces mots qu’on peut lire à l’endroit et à l’envers, comme «radar» ou «Abba». En 2019, c’était «lol» et «tkt» (= t’inquiète) mes préférés! Aujourd’hui, c’est «kayak» et «xanax»! C’est vous dire mon état d’esprit.

Par exemple, je ne crois déjà plus au vaccin pour 2021. Et alors, le vaccin russe, ne m’en parlez pas! Il s’appelle «Spoutnik V»! Je rappelle que ce satellite lancé en 1957 a emmené dans l'espace la chienne Laïka qui mourut au bout de quelques heures à peine. Et si au Kremlin, on s’en bat la Laïka en jouant de ce luth à cordes pincées du même nom, moi, je dis, ce n’est pas bon signe ce nom pour un vaccin.

Je me sens si mal que les apocalypsologues et les findumondologues me paraissent plus optimistes que Marc Van Ranst.   Là, je suis tellement en manque de voyage que j’ai acheté des bas de contention. Les médecins vous conseillent d’en porter quand vous prenez l’avion afin d’éviter la phlébite et des soucis niveau circulation sanguine. En plein coeur de la canicule, j’ai enfilé ma paire de bas et, en fermant les yeux, j’ai vu le plateau repas, le sourire de l’hôtesse, les gens serrés sans distanciation sociale, j’entendais les mots «toboggan gonflable», «dépressurisation», «les masques vont tomber tout seuls! » Et là, j’ai hurlé à la vue du visage de Sophie, se penchant sur moi: «Ne laissez jamais tomber votre masque!»

Depuis le 13 mars, nous, les artistes, sommes tous des sevrés, désoeuvrés.

Rassurez-vous, je ne sombre pas pour autant dans l’alcool ou dans ces substances qui hallucinent nos gènes. J’ai une vie scène, très scène. Je ne bois que de l’eau pendant les représentations. Évidemment, c’est une drogue d’avoir une vie scène. Vous me verriez dans les coulisses à guetter le brouhahahahahaha d’une salle qui se remplit! On ne peut jouer que devant 100 personnes seulement? Youpi! Je dis merci Sophie! Faut dire, le 13 mars, je suis passé du côté cour, côté jardin au côté cure, côté chagrin. Et depuis, nous, les artistes, sommes tous des sevrés, désoeuvrés. D’où ma spleenitude qui vire en sombritude plus rapidement encore qu’entre deux bavures policières en Amérique.

Je vague à l’âme mais c’est ma faute, aussi! J’aurais dû rester en confinement tout l’été plutôt que de croire à la liberté retrouvée! Marie-Christine Marghem l’a bien compris, elle. Elle dirige le MCC. Aucune interaction sociale, et pour longtemps. Elle est peinarde.

Hum… Si ce n’est pas le burn-out que je me suis chopé, ça lui ressemble, ça lui ressemble tant que c’est peut-être mieux... Oups! Je chante du Johnny et Vartan, j’ai touché le fond, je vous dis. Et donc, je vais remonter bientôt!!! Et déjà, ce samedi, de savoir que certains et certaines d’entre vous, rentré.e.s de vacances ou de quatorzaine, reprennent le cours de mes chroniques, je vais déjà mieux et surtout, je suis en santé de vous retrouver!

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