Y'a pas de slow métier!

Vous avez entendu l’idée lumineuse lancée par la SNCB de… rallonger la durée des trajets des trains? Un canular? Non!

Ce plan n’est certes pas encore avalisé par la direction mais j’imagine déjà la future campagne avec ce slogan: "Les retards, y’a pas d’avance!" Le comité interne qui s’était lancé sur le sentier de la gare pour améliorer l’image du chemin de fer a sans doute dû se rendre à l’évidence, il est impossible de rattraper les retards cumulés depuis tant d’années. Mais, même avec des balises sous l’essieu, ces ouvriers du rail n’ont pas baissé les barrières, ils ont transformé cet aveu d’impuissance en force motrice: "Puisqu’on ne peut pas accélérer les trains, ralentissons les voyageurs!" Évidemment, ce plan ressemble fort à "Rendez-vous en terre inconnue" ou plutôt… en terrain Cornu mais j’avoue que l’idée est dans l’ère du temps…

S’il y a bien un phénomène de société qui a de l’avenir, c’est le slow. Voyez ce projet de dirigeables que vient de lancer ce chef d’entreprise wallon, Laurent Minguet, pour distribuer marchandises et colis. N’est-ce pas la réponse à Amazon qui lance la foire du drone pour livrer encore plus vite? Savez-vous que le transport en bateau des tomates marocaines coûte bien moins cher que celui effectué par camions pourtant bien plus rapide? Rentabilité n’est plus synonyme de rapidité. Vous avez vu "GRAVITY"? Le succès de ce long film n’est-il pas dû à cette suspension spatio-temporelle dans laquelle végète l’héroïne? Être hors du temps, le pied! La Norvège connaît un succès fou avec le "Slow TV", des programmes qui durent jusqu’à… 134 heures d’affilée sans interruption ni pub: vous suivez toute une croisière sur un fleuve européen, la caméra fixée sur la proue du bateau filmant l’horizon, ou le trajet d’un train de Bergen à Oslo ou encore des flammes crépitant dans un feu de bois pendant des heures… Le pouvoir lénifiant de la lenteur fait un bien fou. Voilà peut-être pourquoi les commissions Dutroux ont eu tant de succès chez nous, cela préfigurait la "télescargot" norvégienne. Voilà sans doute pourquoi aussi l’on vient d’honorer Michel Daerden en lui érigeant un monument car son débit était si… (je parle de son langage)… si lent qu’il anesthésiait toute opposition.

Et ce mouvement de ralenti s’intensifie, enfin… "mouvement", ce n’est peut-être pas le mot ad hoc. Regardez à Liège les arrêts récurrents des phases à chaud, à froid, ces grèves des TEC pour un oui pour un non, ne sont-ce pas les derniers soubresauts d’une époque révolue basée sur le mythe du travail continu? Depuis des semaines en France, on ne parle plus que "d’opérations escargots", de "barrages filtrants". N’est-ce pas là l’expression d’un ras-le-bol de la vitesse, clé d’une mondialisation sauvage? Notre époque mute. Voyez la nouvelle loi cherchant à pénaliser les clients des filles de joie! L’amour ne dure que 3 ans, d’accord mais plus qu’une heure quand même! Dans nos sociétés priapiques, privilégions les relations sur le long terme. Le cœur a ses saisons que nos réseaux ne connaissent pas. Tiens! Et le latin que distille Bart De Wever dans ses tweets? N’est-ce pas une façon de lutter aussi contre l’accélération des échanges? Une langue morte, à l’arrêt définitif, défie le plus éphémère des messages… Ajoutons à cela le succès du livre "L’éloge de la lenteur", du "slow food" ou encore de cette invention belge, le "slow motion", ces ralentis diffusés lors des matches de foot dont je vous parlais samedi dernier. Je vous le dis, notre société avance vers un recul positif.

Imaginez lors des prochains JO une épreuve de "slows en langueur"? Ah! Démontrer la volupté de l’étirement du temps… Jeter son sablier de travail devient le rêve de beaucoup car aujourd’hui, le vrai luxe, c’est le temps. Oubliez donc cette obsession maladive de vouloir vivre dans une société où les trains arrivent à l’heure et les navetteurs râleurs, relax! Ralentir, arriver en retard, cela vous permettrait de ne plus courir après le temps mais de le dresser, de devenir dompte-heures de votre vie. Prêt pour un slow? Vous voulez vous payer du bon temps sans qu’il ne vous soit compté? Prenez un "Go Pass!"

Ho! Attention! La SNCB n’a rien inventé, La Souche nous chantait cela il y a près de 40 ans déjà: "Tu verras bien qu’un beau matin fatigué, j’irais m’asseoir sur le trottoir d’à côté hé hé! Tu verras bien qu’il n’y aura pas que moi assis par terre comme ça".

[Suivez Bruno Coppens sur Twitter]

 

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