interview

"L'équité fiscale, je ne la vois toujours pas"

©BELGA

La secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska, a étudié les premières notifications budgétaires sorties de l’accord auquel a abouti le gouvernement fédéral la semaine dernière. A froid, elle donne sa première réaction. Prudente, et très mitigée…

Vous avez toujours dit stop à l’austérité. Là, on y est, non?
Nous avons souvent plaidé pour qu’on ne soit pas dans une austérité aveugle dictée par un chiffre fétiche. Le fait d’abandonner ce fétichisme du chiffre est important, oui. Cela va dans un sens positif. Mais on constate aussi que de plus en plus de revenus sont exonérés de cotisations sociales, comme dans le cadre des flexi-jobs. Nous avons une crainte: que l’on se retrouve avec une pression difficilement tenable sur le financement de la protection sociale.

Vous ne croyez pas eux effets retours sur l’emploi?
Dans le passé, ils ont toujours été surestimés. Et en plus, on entre dans une flexibilité tous azimuts, avec les flexi-jobs, le travail du dimanche… Nous syndicats, on s’est toujours battu pour dire qu’on ne vit pas uniquement pour travailler, mais ici il n’y a plus de limite à la flexibilité.

"On s’est toujours battu pour dire qu’on ne vit pas uniquement pour travailler, mais ici il n’y a plus de limite à la flexibilité."

On a épargné les allocataires sociaux, ou pas?
Il y a eu moins de mesures linéaires dans la sécurité sociale qu’avant, même si des montants restent à trouver sans que la nature en soit précisée, dans les budgets emplois (90 millions), affaires sociales (64 millions), soins de santé (290 millions). On doit donc s’attendre à ce que des mesures soient prises à la rentrée sociale.

L’automne social, il sera chaud?
Oui, car cette question de la flexibilité est très sensible. Le projet sur le travail faisable et maniable de Peeters avait déjà pas mal ébranlé les gens. Et ici on en remet une couche, notamment dans le secteur de la distribution et l’horeca. Des secteurs qui souffrent déjà beaucoup de la concurrence du travail étudiant, de l’automatisation, de la flexibilité déjà grande. La première attente des travailleurs est que l’on augmente leurs heures et qu’on conforte leur contrat, pas le contraire!

Les flexi-jobs, c’est suffisant pour remobiliser toutes les troupes?
Il y a aussi le dossier des pensions. Si le seul message est de dire "votre pension sera insuffisante, mais vous pourrez toujours travailler après, notamment avec les flexi-jobs", on est plus très loin de la situation américaine ou on ne sait plus très bien à quel moment on arrête de travailler, et où il n’y a plus de sécurité sur les revenus que l’on touchera.

Un automne social chaud, cela veut dire des grèves, manifs?
Je ne veux préjuger de rien, il n’y a pas de réunion des instances pour le moment, cela reprendra fin août. Il reste encore beaucoup d’inconnues.

"C’est désolant de voir qu’on parle de taux facial, alors que le taux réel est sous les 20%."

Les employeurs ont obtenu la réforme de l’impôt des sociétés. Un cadeau de plus?
Réformer l’Isoc pour passer sous le seuil facial de 33,99%, pourquoi pas. C’est désolant de voir qu’on parle de ce taux facial, alors que le taux réel est sous les 20%. Alors simplifier, pourquoi pas. La question est de savoir si les niches fiscales sont supprimées, et ce n’est pas clair. Or, si on ne les supprime pas, la neutralité budgétaire sera impossible. Mais je n’ai rien vu qui va dans le sens de l’élimination des niches fiscales, excepté un embryon de révision des intérêts notionnels.

Ce budget reste injuste et déséquilibré?
Je constate qu’il n’y a rien sur la taxation des plus-values, alors que cela fait deux exercices budgétaires qu’on nous la promet. On reste un des seuls pays européens à ne pas avoir d’imposition sur les plus-values.

On prévoit quand même une taxation du capital…
Oui, il est prévu une taxation des comptes-titres. De plus de 500.000 euros… Mais qui a de telles sommes en compte-titres sans avoir pris de mesures pour éluder l’impôt? À ce compte-là vous avez un private banker qui s’occupe de vous… Ces gens peuvent dormir sur leurs deux oreilles…

Le gouvernement essaye de faire croire à davantage d’équité fiscale?
Pour l’instant je ne vois pas ou se trouve l’équité fiscale. L’autre chose est de réinvestir les prélèvements sur l’ensemble des revenus pour financer les fonctions collectives. Or on ne réinvestit rien.

"Je constate qu’il n’y a rien sur la taxation des plus-values, alors que cela fait deux exercices budgétaires qu’on nous la promet."

Et les coopérateurs d’Arco, ils seront finalement dédommagés avec l’argent du contribuable. C’est normal pour vous?
Je n’ai pas à me positionner. C’est un engagement de l’ancien gouvernement. Cela ne concerne pas les partenaires sociaux.

Mais cet argent aurait pu être utilisé à autre chose qu’à indemniser des investisseurs…
Si on considère que ce sont des investisseurs. Or le gouvernement a considéré que ce sont des coopérateurs… On peut discuter à l’infini sur ce genre de chose...

Il n’aurait pas dû?
Je n’ai pas à juger. Mais c’est exactement comme quand le gouvernement décide de relever à 100.000 euros la garantie bancaire, si un jour il faut la payer cela retombera sur l’ensemble des ménages aussi…

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