Charles Michel crée-t-il vraiment de "bons" jobs?

Charles Michel et Kris Peeters à la Chambre ce mercredi. ©Photo News

Majorité et opposition se sont renvoyé les chiffres relatifs à la création d'emplois et à la croissance ce mercredi à la Chambre pour appuyer ou, au contraire, dénoncer la politique du gouvernement fédéral. Alors, qui a raison, qui a tort? Voilà venu le moment du "fact-checking"!

Depuis l’entrée en piste du gouvernement Michel, 136.100 emplois ont été créés. Ces chiffres viennent de la Banque nationale. On ne peut plus fiables donc. Ils recouvrent l’évolution de l’emploi intérieur. C’est-à-dire l’emploi du secteur privé, du secteur public, les indépendants, et le non-marchand.

C’est sur cette base, entre autres, que le premier ministre Charles Michel a martelé à nouveau son slogan favori mardi à la tribune de la Chambre: "jobs, jobs, jobs, c’est une réalité". Rusé renard, il a anticipé la critique qui n’allait pas manquer de fuser: "jobs, oui, mais quels jobs? Des emplois précaires, des flexijobs". Le refrain de l’opposition et des syndicats est connu.

"Charles Michel s’est trompé dans ses chiffres, 75% de l’emploi créé sous son gouvernement est à temps partiel ou intérimaire."
raoul hedebouw
député PTB

Charles Michel a donc été à la pêche des chiffres de l’ONSS, relevant qu’entre fin 2015 et fin 2016, le nombre d’emplois temps plein avait progressé de 60.941 unités. "Et les flexijobs n’ont pas d’effet sur ces chiffres, ils ne sont pas comptés comme nouveaux emplois", a-t-il précisé.

Vingt quatre heures plus tard, Charles Michel se fait tacler par l’opposition. PS et PTB se sont fait une joie de démonter ses arguments chiffrés. "Charles Michel s’est trompé dans ses chiffres, 75% de l’emploi créé sous son gouvernement est à temps partiel ou intérimaire", claque le PTB.

"L’augmentation revendiquée par le gouvernement actuel était inférieure à la croissance constatée dans la zone euro."
Elio Di Rupo

"L’augmentation revendiquée par le gouvernement actuel était inférieure à la croissance constatée dans la zone euro", affirme Elio Di Rupo, le président du PS, qui pointe aussi le caractère précaire des emplois, signalant que "60% des contrats d’intérimaires sont des contrats d’un jour."

Voilà pour la critique. Posons nous cinq minutes, et reprenons les chiffres.

Premier constat, Charles Michel déforme un peu la réalité lorsqu’il cite 60.941 emplois temps plein créés sur l’année 2016. Le chiffre est exact, mais il comporte aussi les temps partiels et l’emploi saisonnier et intérimaire…

Sur cette période, 39.000 emplois à temps plein ont réellement été créés, contre 10.200 temps partiels, 11.800 saisonniers et intérim. Ajoutons aussi qu’entre la fin 2016, et le 1er trimestre 2017, 42.500 emplois ont été perdus dans le secteur privé… (toujours ces fameux chiffres ONSS).

©MEDIAFIN

Un tableau plus nuancé

Si l’on prend la situation sur l’ensemble de la législature, le tableau du secteur privé est donc un peu moins rose: 29.500 emplois à temps plein créés entre le 4e trimestre 2014 et le 1er trimestre 2017, 16.700 emplois à temps partiel, 7.300 emplois saisonniers ou intérimaires.

15.200 emplois
La balance penche nettement du côté des emplois à temps partiel: 36.800 emplois créés, contre 15.200 à temps plein.

Là ou le gouvernement à raison, c’est que le secteur privé crée toujours davantage d’emplois à temps plein. Mais si on fait entrer en piste le secteur public, la balance s’inverse… En effet, 14.300 emplois temps plein y ont été perdus sur la législature, 20.100 emplois à temps partiel y ont été créés. Résultat: la balance penche nettement du côté des emplois à temps partiel: 36.800 emplois créés, contre 15.200 à temps plein. Le PTB a donc… raison.

Cela dit, il faut aussi remettre les choses à leur juste place. Les temps partiels épinglés dans les statistiques ONSS comprennent aussi bien les 4/5e que les mi-temps. Dans le premier cas surtout, mais parfois dans le second, ils sont demandés par le travailleur lui-même…

Si l’on prend par ailleurs les données Eurostat sur le taux d’emploi, on constate qu’Elio Di Rupo n’a pas tout à fait tort quand il dit que la Belgique performe moins bien que ses voisins: le taux d’emploi a progressé en Belgique de 2,1% entre le début de la législature et aujourd’hui. Une progression moins rapide que la zone euro (3,5%).

Enfin, si le PS dénonce une croissance économique moins performante que dans le reste de l’Europe, le rattrapage est en train de s’opérer (les prévisions pour 2018 donnent 1,7% de croissance, contre 1,8% pour la zone euro). Et tous les économistes s’accordent à dire que si la croissance belge a un peu trébuché comparé à celle de ses camarades européens, c’est avant tout en raison de la crise politique qui a retardé le train des réformes…

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content