Le budget belge est "risqué" selon la Commission. Wilmès répond

Sophie Wilmes, ministre du Budget, et le Premier ministre Charles Michel. ©BELGA

La Commission européenne épingle le budget belge pour risque de non-conformité, car il pourrait aboutir à "un écart significatif" avec les objectifs fixés. "L'essentiel de nos décisions a porté sur l'année 2017, avec l'objectif de respecter les règles européennes au-delà des exigences requises" riposte la ministre du Budget Sophie Wilmès en guise d'explications.

Le projet de budget 2017 de la Belgique est considéré comme "risqué" par la Commission européenne.

La Commission européenne a ainsi épinglé huit pays, dont l'Italie, estimant que leurs prévisions budgétaires 2017 présentaient "un risque de non-conformité" avec les règles européennes.

Selon Bruxelles, les budgets présentés par ces pays (Italie, Espagne, Portugal, Belgique, Finlande, Slovénie, Chypre et Lituanie) pourraient aboutir à "un écart significatif" avec les objectifs qui leur avaient été fixés.

Pourquoi? Les prévisions économiques publiées la semaine dernière par la Commission sont loin d’être roses.

• La Belgique flirte à nouveau avec un déficit budgétaire nominal de 3%.
• L’assainissement structurel du budget est à la traîne. Il n’a pas évolué en 2016 et ne sera pas suffisamment compensé en 2017.

Bref, avec la hausse de la dette souveraine (qui atteint 107,1% du PIB) le risque de dérapage est réel, estime la Commission.

Autre facteur aggravant: la Commission est beaucoup moins optimiste par rapport aux revenus de la taxe Caïman (sur les patrimoines dissimulés à l’étranger), à ceux de la régularisation fiscale et à ceux du nouveau système de véhicules immobiliers. Les dépenses du budget ne sont donc pas suffisamment couvertes par les revenus.

Et donc? Ce mauvais bulletin n’aura pas de répercussions immédiates. En théorie, la Belgique aura la possibilité de se défendre devant la Commission. Mais si les chiffres de l’économie en 2016 n’évoluent pas, notre pays devra faire face au printemps prochain à une vraie sanction: la procédure de déficit excessif, qui implique un contrôle resserré de l’Union sur le budget et la dette.

Si les chiffres de l’économie en 2016 n’évoluent pas, la Belgique devra faire face au printemps prochain à une vraie sanction.

→ La réponse de la ministre du Budget

En tous cas, Sophie Wilmès, ministre du Budget, a déjà répondu à propos des "risques" pointés par la Commission. Ce risque "est dû essentiellement aux résultats de l'année 2016", une année "difficile, marquée par la crise migratoire et les attentats". Ces événements ont "affecté notre économie et nécessité d'engager des moyens supplémentaires significatifs", expose la ministre MR dans un communiqué. Elle y ajoute l'évolution des recettes fiscales.

Sophie Wilmès se dit consciente que la situation de la dette préoccupe aussi la Commission. Mais comme cette dernière le rappelait en mai, "l'amélioration requise pour respecter les critères européens n'est pour 2016 ni faisable ni désirable". Pour 2017, "la vision de la Commission européenne est plus favorable", assure Mme Wilmès. L'exécutif européen considère en effet que l'amélioration du solde structurel l'an prochain est conforme aux règles du volet préventif du Pacte de stabilité et de croissance et ce, malgré un contexte macroéconomique incertain, selon la ministre. La Commission considère que les mesures structurelles mises en place par le gouvernement s'inscrivent dans le sens de ses recommandations (flexibilité du temps de travail, réforme de la loi de 1996 sur la compétitivité, etc), souligne encore Sophie Wilmès.

Plaidant à la fois l'assainissement budgétaire et la relance de l'économie, elle rappelle que compte tenu du caractère exceptionnel de l'exercice 2016, le gouvernement a fait le choix lors des travaux budgétaires d'octobre de ne pas prendre de mesures supplémentaires qui auraient risqué de peser sur la relance de l'économie et l'amélioration du pouvoir d'achat. 

"L'essentiel de nos décisions a porté sur l'année 2017, avec l'objectif de respecter les règles européennes au-delà des exigences requises" (Sophie Wilmès)

→ L'opposition critique durement le gouvernement

"Après la Cour des comptes, le Bureau du Plan, la Banque nationale, c'est la Commission européenne qui dénonce, à nouveau, l'amateurisme et le manque de prévoyance du gouvernement MR N-VA."
Elio Di Rupo
Président du PS

Les partis de l'opposition se sont montrés critiques après l'annonce de la Commission européenne. "Après la Cour des comptes, le Bureau du Plan, la Banque nationale, c'est la Commission européenne qui dénonce, à nouveau, l'amateurisme et le manque de prévoyance du gouvernement MR N-VA", a commenté le président du PS, Elio Di Rupo. "Le gouvernement Michel nous assène des 'on n'a pas le choix': on n'a pas le choix, il faut travailler jusqu'à 67 ans, nous disent-ils. 'On n'a pas le choix, il faut diminuer le remboursement des soins de santé, augmenter la TVA sur l'électricité, faire un saut d'index, déréguler le marché du travail.' Et malgré tous ces sacrifices demandés à la population, on voit que le gouvernement ne parvient pas à combler le gouffre budgétaire et additionne les estimations fantaisistes pour tenter de sauver la face", ajoute-t-il, avant de plaider pour un changement de cap.

"Cela fait maintenant plus d'un mois que le Premier ministre a prononcé son discours sur l'état de l'Union. Mais à part de la désunion au sein de son gouvernement, on ne voit rien venir si ce n'est un budget bancal considéré comme 'à risque' par l'Union Européenne", a pour sa part commenté la cheffe de groupe cdH à la Chambre, Catherine Fonck. Cette dernière appelle désormais "le gouvernement à enfin cesser ses luttes intestines sur la réforme de l'impôt des sociétés, l'incitation à l'investissement et la taxation sur les plus-values et à avancer concrètement".

Pour Ecolo-Groen, le député Kristof Calvo déplore que la Belgique soit à nouveau désignée comme "un enfant à problèmes pour l'Europe". "La maladresse de Van Overtvedlt et co est carrément embarassante. Les revenus sont en berne et ils refusent obstinément de demander une juste part aux grosses fortunes", souligne-t-il. "A chaque fois il apparaît que les comptes du gouvernement ne sont pas corrects. (...) Trop de factures, peu d'investissements et encore d'importants déficits. C'est le résultat d'une recette qui ne fonctionne pas: une politique qui investit trop pour les bénéfices et les dividendes et trop peu pour les gens et dans l'économie réelle", analyse l'écologiste.

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