Menace sur le budget

©EPA

Dans son épure budgétaire, le gouvernement Michel table sur une hausse de 15,2% des versements anticipés. Or, pour l’heure, ceux-ci n’affichent qu’une progression de 2,82% sur un an. À ce rythme-là, il manquera 1,2 milliard dans les caisses de l’État.

En 2015, les recettes fiscales joueront des tours au budget de l’État – mauvais, les tours, encore bien. Cette sentence doit être écrite, quelque part, dans le grand livre de la fatalité, au chapitre "Belgique". Forcément. Car la réalité des rentrées dans les caisses de l’État semble s’évertuer à contredire les prévisions inscrites dans les grands tableaux budgétaires.

On avait eu un avant-goût en juillet dernier. Le précompte professionnel avait alors tendance à surfer juste sous les réalisations de l’année précédente. La TVA, elle, ne faisait pas dans la demi-mesure et reculait franchement – ce qui n’était pas prévu au programme.

Rebelote un mois plus tard. D’après les derniers chiffres en provenance du SPF Finances, les versements anticipés – soit les impôts payés à l’avance, essentiellement par les entreprises, sur la base des bénéfices attendus – n’ont progressé que de 2,82% entre le 1er janvier et le 14 juillet, et ce en comparaison avec la même période du cru 2014. Un résultat qui serait honorable si le gouvernement n’avait pas tablé sur une hausse de… 15,2%.

Jusqu’à 18,4%

Et encore! Dans son budget initial, l’équipe Michel avait inscrit une augmentation de 17,9%, qu’elle avait ensuite fait passer à 18,4% – avant de tempérer un brin ses ardeurs lors du dernier conclave budgétaire et de ramener le tout à "seulement" 15,2%. Un pari risqué, basé sur l’amélioration attendue du revenu primaire des sociétés, la légère embellie économique et certaines mesures fiscales, censées gonfler ces fameux versements anticipés. Trop optimiste? L’opposition avait tiqué à de multiples reprises, y voyant un "mystère insondable", surtout dans un contexte de faible inflation.

Le SPF Finances compte sur le second semestre

Soit. Toujours est-il qu’entre les 2,82% réalisés jusqu’ici et les 15,2% escomptés, il y a, à tout le moins, une certaine marge. Qui ne fait pas paniquer, au SPF Finances. L’administration fiscale table sur le second semestre 2015 pour rectifier la trajectoire. Officiellement du moins. "Ce retard ne pourra jamais être rattrapé, glisse une source bien informée. La vérité est que cette estimation est irréaliste."

Vous vous en doutez: des recettes fiscales inférieures aux prévisions, cela n’est pas sans impact sur le château de cartes qu’est le budget. Sans prétendre déchiffrer une quelconque boule de cristal, disons juste ceci. Si les versements anticipés conservent leur vitesse de croisière actuelle (un fifrelin moins de 3% de croissance par rapport à 2014), cela débouchera, à la fin de l’année, sur un trou d’environ 1,2 milliard d’euros. Désagréable. Surtout que les répercussions risquent de se la jouer en série. Car en 2016 aussi, le gouvernement Michel compte sur une belle amélioration des versements anticipés, de 8,3% par rapport à 2015, soit pas loin d’un milliard. Des rentrées plus tristounettes auront donc un impact sur les années à venir.

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