interview

Van Overtveldt: "L'inflation et l'indexation des salaires risquent d'impacter la compétitivité"

©Dieter Telemans

Johan Van Overtveldt (N-VA) revient sur l'épineux dossier de la réforme de l'impôt des sociétés, "une réforme primordiale", selon le ministre des Finances.

Ça ne respecte rien, une fissure. Et là, elles s’y sont mises à plusieurs et courent sur les murs et plafonds de la majestueuse cage d’escalier du 12, rue de la Loi. Se jouant des ors et moulures ornant le cabinet du grand argentier. "Ce qui est surtout impressionnant, c’est la vitesse à laquelle elles s’agrandissent", pointe le ministre des Finances, avec un demi-sourire en coin. Il en faut plus pour troubler le flegme de Johan Van Overtveldt.

Le Premier ministre qui a repris la main dans le dossier de la réforme de l’impôt des sociétés, que vous pilotiez jusque-là, n’avez-vous pas vécu cela comme un échec? Une sorte de désaveu?
Loin de là. Il faut quand même rappeler l’historique de ce dossier. Lorsque je l’ai déposé sur la table du gouvernement il y a plus ou moins un an, on m’a demandé si j’étais légèrement dérangé ou tout à fait fou. À cette époque, ce thème ne vivait pas encore, même s’il constituait déjà, pour moi, une priorité, au vu du contexte international et des actions de la Commission ou de l’OCDE. À présent, la réforme de l’Isoc est devenue "LE" thème sensible au sein du gouvernement, il est normal que le Premier soit entré dans la danse. Le traitement politique est entre les mains de Charles Michel, de même que la question des plus-values et de la canalisation de l’épargne; le cabinet Finances reste le "fournisseur technique". Nous avons réalisé tout le travail préparatoire. Il est temps désormais de prendre une décision.

"Nous avons réalisé tout le travail préparatoire. Il est temps de prendre une décision."

Regrettez-vous la liaison effectuée entre ces trois dossiers?
La réforme de l’Isoc est primordiale. Pas pour moi ou la N-VA, mais pour l’économie belge. Ce lien, ce n’est pas moi qui l’ai noué et je regrette qu’il existe. Mais le fait politique est là.

©Dieter Telemans

L’Open Vld a déjà exprimé qu’il ne fallait pas compter sur lui pour taxer les plus-values. La N-VA pourrait-elle vivre avec une imposition allant dans ce sens?
Vu la délicatesse du sujet, je ne vais pas me prononcer sur le contenu des négociations. Mais puisque l’on parle de plus-values, il ne faudrait pas oublier qu’il existe, en Belgique, déjà pas mal de taxes sur le capital. À hauteur de 10,6% du PIB, chiffre la Commission, ce qui nous place en tête au sein de l’Union européenne. Le débat sur les plus-values doit évidemment s’inscrire dans ce cadre-là.

Quand cette réforme doit-elle aboutir?
Si l’on arrive à un accord avant la fin février, elle pourra encore être opérationnelle en 2017. Les premiers versements anticipés sont pour mars.

Après cela, vous estimerez votre devoir de ministre des Finances accompli?
L’Isoc n’est pas le seul point d’attention pour le monde des entreprises. En tant qu’économie ouverte, la Belgique doit perpétuellement soigner sa position compétitive. On peut faire n’importe quoi, si notre pays n’est pas compétitif, on se retrouve face à un problème structurel. Ces dernières années, la compétitivité s’est considérablement améliorée. Le souci, avec cette inflation qui monte et le mécanisme d’indexation des salaires, c’est que cela risque d’avoir un impact sur la compétitivité. Il faudra être attentif à ce qu’elle ne se détériore pas à nouveau.

La réforme de la loi de 1996 est là pour cela, non?
C’est un élément très important dans cette discussion. Il faudra s’assurer que cela suffit.

Les phrases clés

"La réforme de l’Isoc est primordiale. Pas pour moi ou la N-VA, mais pour l’économie belge."

"Le souci, avec cette inflation qui monte et l’indexation des salaires, c’est que cela risque d’avoir un impact sur la compétitivité."

"Je n’exclus pas une privatisation partielle de Belfius, mais l’important reste son ancrage belge."

"J’ai connu mon premier grand amour à Malines."

L’opposition vous accuse d’être un gouvernement attentif au seul monde des entreprises.
Nous sommes attentifs au bien-être de la société, dans sa globalité. Le point de départ est le suivant: sans économie qui croît et crée de l’emploi, nous avons un problème. Les arguments de l’opposition ne tiennent pas la route. Sur l’emploi non plus. Banque nationale, Bureau du plan, Commission, tous le disent: sous ce gouvernement, la Belgique connaît une création d’emplois importante dans le privé. On est d’accord: ce gouvernement ne crée pas de postes mais instaure un cadre stable permettant aux entreprises d’offrir des emplois durables. Alors que sous Di Rupo, il s’agissait d’emplois précaires, dans le secteur public, et financés par de la dette. C’est la même chose en termes de finances publiques. Sous Di Rupo, les dépenses ont augmenté, et les taxes encore un peu plus. Logiquement, le déficit a reculé. Notre approche est radicalement différente, puisque nous essayons de diminuer à la fois les taxes – tellement hautes que c’en était devenu un handicap pour l’économie – et les dépenses. C’est ce qui explique que la réduction du déficit se déroule moins vite que prévu.

Il faut bien avouer que les recettes fiscales ne se montrent pas non plus à la hauteur de vos attentes.
C’est pour cela que j’ai mis le sujet sur la table du gouvernement. Depuis des années, les prévisions sont à côté de la plaque. Et, ce qui est plus grave, la déviation se produit toujours dans la même direction. Parce que sur 120 milliards à estimer, il est presque inévitable qu’il y ait divergence. Et 1,2 milliard, ce n’est jamais que 1%. C’est loin d’être une catastrophe – même si en Belgique, quand il manque 700 millions, tout le monde crie comme si le ciel nous était tombé sur la tête. Par contre, ce qui est inquiétant, c’est que les recettes soient systématiquement surévaluées. Le gouvernement a pris deux mesures. Un: inscrire 730 millions de réserve dans le budget – même si le SPF Finances plaidait pour un milliard. Deux: mettre en place un groupe de travail planchant sur l’amélioration des techniques de prévision.

Le conclave budgétaire de mars risque d’être costaud. Il manque combien, au juste, pour renouer avec l’équilibre? On entend parler de 5 milliards d’ici 2019, mais aussi de 8, voire de 10.
Il ne faut pas s’arrêter à un chiffre, mais réfléchir en termes de scénarios. "If this, then that." Ce qui est sûr, c’est que ce monde est plein d’incertitudes. Cela dépendra de la croissance, de l’inflation, des effets des mesures structurelles. Je ne vais donc pas me prononcer. Je le ferais, que ma réponse serait déjà obsolète d’ici une à deux semaines.

©Dieter Telemans

Afin de réduire la dette, il y a toujours la piste des participations de l’Etat. Qu’en est-il de Belfius?
Je suis très heureux de ce qui a été fait. Le chemin parcouru est extraordinaire! Si on avait dit, il y a cinq ans, que Belfius se trouverait là où elle est à présent, seule une personne sur dix l’aurait cru. Je dois avouer que j’ai changé d’avis sur Belfius. Au début, j’étais pour la privatisation; point final. Mais comme Keynes l’a dit: "When the facts change, I change my mind." Aujourd’hui, en Belgique, nous avons quatre grandes banques, dont deux sont contrôlées depuis l’étranger. Reste KBC et Belfius. Il est important pour le paysage bancaire et le financement de l’économie en général d’assurer un ancrage suffisant du secteur au sein du pays. Je n’exclus pas une privatisation partielle de Belfius, mais l’important reste son ancrage belge.

Et le rachat d’Ethias par Belfius? C’est un scénario qui vous parle?
Je suis disposé à parler de n’importe quoi, tant qu’il existe une finalité économique et sociétale. Différents scénarios existent.

Vous avez suivi la saga Publifin?
J’ai essayé, même si ce n’est pas évident. C’est comme pour François Fillon: il y a des rebondissements tous les jours. Davantage qu’à la Wallonie, cette affaire risque de coûter cher au PS. Il y a dix ans, Elio Di Rupo partait à la chasse aux "parvenus". Permettez-moi de conclure que visiblement, rien n’a changé. Après cela, il ne faut pas être surpris si le PS perd des plumes sur sa gauche.

Ce qui est mauvais pour le PS n’est-il pas bon pour la N-VA?
C’est mauvais tout court. D’un point de vue politique, économique et social. Cela risque de déboucher sur un paysage politique wallon assez rare. C’est néfaste pour l’image de la Wallonie et du pays. À l’échelle internationale, on m’en parle, et ce n’est pas moi qui mets le sujet sur le tapis.

Vous allez déménager à Malines en vue des communales?
La question m’a été posée. Elle a du sens, puisque j’ai pas mal de connexions avec Malines. J’y suis allé à l’école. Y suis pas mal sorti, à l’époque de l’université. J’ai travaillé dans une entreprise de la région. Et y ai connu mon premier grand amour. Seulement, mon travail ici est très prenant et m’occupe parfois nuit et jour. Je ne veux pas prendre de décision que je risque de regretter. Parce que si je me lance, c’est pour le faire à fond. Tous les éléments sont là, dans la balance. Je dois me décider. Dans les semaines qui viennent.

On vous dit aussi intéressé par le poste de gouverneur à la Banque nationale.
Ceux qui me connaissent le savent: la politique monétaire me passionne. Maintenant, j’y suis confronté tous les jours en tant que ministre des Finances et ce gouvernement est parti jusqu’en 2019. Effectuer le travail ici est ma priorité absolue.

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