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Ce qui est prévu pour les entreprises

©Antonin Weber / Hanslucas

Flexi-jobs, starter jobs, période d'essai et secteurs de la construction et de l'e-commerce: voilà ce que le gouvernement Michel a prévu pour vous.

♦ Flexi-jobs

Depuis deux ans, les flexi-jobs sont en vigueur dans le secteur de l’Horeca. Le gouvernement fédéral a décidé d’étendre la formule des flexi-jobs au commerce (de détail et d’alimentation) et aux pensionnés. De quoi s’agit-il? Il s’agit d’un contrat de travail spécifique pour des travailleurs qui ont un emploi à plein-temps ou à tout le moins à 4/5e chez un autre employeur et qui effectuent un autre travail de manière occasionnelle.

9,69 euros
Le salaire du flexi-jober est fixé à minimum 9,69 euros de l’heure. Le travailleur ne paie pas d’impôt sur cette rémunération.

Ce sont des "extras", des travailleurs qui viennent en renfort lors de période d’activité intense. Le salaire du flexi-jober est fixé à minimum 9,69 euros de l’heure. Le travailleur ne paie pas d’impôt sur cette rémunération. Quant à l’employeur, il paie 25% de cotisations sociales. Il bénéficie donc d’une réduction de charge. Depuis l’instauration de la mesure dans l’horeca, 25.000 travailleurs ont bénéficié de cette nouvelle forme de contrat.

La mesure profite surtout aux jeunes entre 25 et 39 ans. Et la grande majorité des bénéficiaires (plus de 90%) sont flamands. Willy Borsus, le nouveau ministre-président wallon, ancien ministre fédéral en charge des PME et des Indépendants aura certainement pour ambition de pousser la formule au sud. Régime d’exception Mais au fond, est-ce vraiment une bonne formule?

"Je n’aime pas les régimes d’exception. Pour moi, à même travail, même salaire mais aussi même cotisation sociale et même impôt."
Etienne de Callataÿ

L’économiste Etienne de Callataÿ (Orcadia) ne le pense pas. "Je n’aime pas les régimes d’exception. Pour moi, à même travail, même salaire mais aussi même cotisation sociale et même impôt. Ici, on rend les règles plus complexes et on crée une distorsion. Cela n’a pas de sens de traiter les problèmes par secteur. S’il y a un problème de règles rigides, rendons-les plus souples mais de manière générale, pas uniquement pour certains. Je n’ai rien contre le fait qu’un retraité puisse travailler. Mais donner un régime avantageux à ceux qui sont en état de travailler ne correspond pas à mon idéal de solidarité. Ce n’est pas ma conception de la justice sociale", dit-il.

La mesure ne crée pas d’emplois, critique-t-il encore. "Cela légalise de l’emploi mais cela n’en crée pas. Le seul mérite de cette mesure est de régulariser une partie du travail au noir. On peut faire le parallèle avec les titres-services. Ils n’ont pas permis de créer 120.000 emplois. Ils ont légalisé ces emplois".

Que vous soyez travailleur, pensionné, indépendant, épargnant, investisseur ou simplement consommateur, découvrez en quoi les mesures adoptées par le gouvernement Michel vont changer votre quotidien.

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Philippe Ledent, économiste chez ING, estime de son côté, que le gouvernement réagit en retard. "Avec cette mesure, comme avec d’autres, le gouvernement n’est pas précurseur. Il s’adapte à une réalité qui est l’évolution des rapports au travail. Aujourd’hui, les travailleurs ont différentes activités économiques. Le gouvernement a décidé de légaliser, mais il n’ouvre pas de nouvelles perspectives. Sur ce plan, le politique manque clairement de vision et d’ambition", juge-t-il.

Du côté des employeurs, les fédérations sectorielles concernées par cette extension sont enchantées de pouvoir bénéficier d’une meilleure flexibilité. Les bouchers et les boulangers étaient particulièrement demandeurs que la mesure leur soit étendue. La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) ne critique pas la formule mais affirme qu’elle préfère des mesures plus structurelles.

Pour les syndicats, les flexi-jobers concurrencent les travailleurs fixes du secteur car ils coûtent moins chers à l’employeur.

Côté syndicat, les critiques sont plus virulentes. Dès l’instauration de la mesure dans l’Horeca, ils s’y sont opposés, parlant de jobs au rabais. Pour eux, les flexi-jobers concurrencent les travailleurs fixes du secteur car ils coûtent moins chers à l’employeur. Moins de cotisations sociales signifient aussi moins de rentrées pour la sécurité sociale.

À terme, ce système menace donc la sécu, dénoncent-ils. Ils ont d’ailleurs déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle. Sa décision est attendue pour septembre.

♦ Starter Jobs

C’était dans les cartons du gouvernement fédéral depuis un petit temps. L’idée? Favoriser l’engagement de jeunes travailleurs de 18 à 21 ans via une réduction du coût à charge de l’employeur. Un classique. Pour ce faire, et dans un premier temps, Michel est parti sur une diminution du salaire brut.

L’idée? Favoriser l’engagement de jeunes travailleurs de 18 à 21 ans. Pour ce faire, Michel est parti sur une diminution du salaire brut.

Le hic, c’est que cette disposition vient avec un corollaire: si le brut diminue, le net suit la même tendance. Voilà qui passait difficilement après des partenaires sociaux, essentiellement du côté syndical, vous l’aurez compris. Pas de soucis, le salaire net sera maintenu, avait alors promis Michel. Sauf que des soucis, il y en avait. Pas évident de raboter le brut tout en maintenant le net.

Michel a donc opté pour une nouvelle voie, dans laquelle on laisse le salaire brut inchangé. L’employeur, lui, bénéficiera d’une déductibilité majorée des jours de rémunération. Dont les modalités et le timing restent à déterminer, notamment en fonction de l’enveloppe budgétaire attribuée. Michel l’a reconnu: les détails de ce grand accord estival ne sont pas tous fixés.

♦ Période d'essai

Supprimée dans le cadre de l’harmonisation des statuts ouvriers-employés, il était question réintroduire la période d’essai. Le gouvernement ne le fera finalement pas en tant que tel. Il a choisi de modifier les durées de préavis. Le préavis sera d’une semaine si le licenciement intervient durant les 3 premiers mois de travail. Il augmentera ensuite progressivement.

"C’est une bonne chose car cela va diminuer les freins à l’embauche."
Bart Buysse

Trois semaines de préavis jusqu’à 4 mois de travail, 4 semaines pour 5 mois et jusqu’à 5 semaines pour 6 mois (avant c’était 4 semaines). Cette mesure fait l’unanimité auprès des économistes interrogés et des employeurs. "Via les délais de préavis, le gouvernement a voulu instaurer une forme de période d’essai implicite qui va concerner toutes les catégories de travailleurs et tous les contrats qu’ils soient à durée indéterminée ou déterminée. C’est une bonne chose car cela va diminuer les freins à l’embauche", se réjouit Bart Buysse, le directeur général de la FEB.

"Il faut se mettre à la place de l’employeur qui peut avoir des réticences à engager depuis que la période d’essai a été supprimée. Réintroduire une forme de période d’essai via les durées de préavis va permettre de diminuer son appréhension", abonde dans le même sens l’économiste Etienne de Callataÿ (Orcadia).

"Sa suppression avait des effets pervers. Les entreprises passaient par des intérims ou des contrats à durée déterminée avant d’engager. Aujourd’hui, elles se sentiront plus à l’aise pour engager directement en contrat à durée indéterminée".
Philippe Ledent

Philippe Ledent, économiste chez ING, estime aussi que c’est une bonne mesure. "Sa suppression avait des effets pervers. Les entreprises passaient par des intérims ou des contrats à durée déterminée avant d’engager. Aujourd’hui, elles se sentiront plus à l’aise pour engager directement en contrat à durée indéterminée".

Les syndicats, eux, grincent des dents. Pour eux, la réintroduction de la période d’essai sera synonyme d’insécurité pour les travailleurs.

♦ Construction

Pour aider le secteur de la construction à faire face au problème de dumping social, le gouvernement lui avait déjà promis une baisse de charge. Une enveloppe de 600 millions pour 2020 était mise sur la table. Cette semaine, il a décidé de lui accorder une avance. La construction ne devra pas attendre 2020. 100 millions lui seront octroyés dès 2018. Idem pour 2019.

600 millions
Une enveloppe de 600 millions pour 2020 était mise sur la table. Cette semaine, il a décidé de lui accorder une avance. La construction ne devra pas attendre 2020. 100 millions lui seront octroyés dès 2018. Idem pour 2019. Le solde de 404 millions sera versé en 2020.

Le solde de 404 millions sera versé en 2020. Le secteur est ravi. "Nous sommes heureux que le gouvernement accélère la mise en œuvre de son plan d’aide. Nos entreprises ne pouvaient pas attendre 2020. La situation est vraiment difficile. Et même avec un sixième du budget dès l’année prochaine, cela va rester un challenge. Mais nous sommes satisfaits que le gouvernement reconnaisse par cette mesure que nous faisons face à un problème de concurrence déloyale", déclare Robert de Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération Construction.

Il rappelle qu’en quatre ans, le secteur a perdu 20.000 emplois. "Un travailleur belge coûte en moyenne 32 euros de l’heure alors que le coût d’un travailleur polonais est de 22 euros de l’heure. Notre main-d’œuvre coûte donc entre 20 à 30% plus chères. Or, celle-ci représente la moitié de nos coûts totaux. Ce qui fait qu’en moyenne, nous sommes 10 à 15% plus chers que des entreprises qui font appel à de la main-d’œuvre étrangère".

"Il est question de faire baisser le coût de la main-d’œuvre de l’ordre de 3 euros par heure. Cela va créer de l’activité qui va permettre de maintenir 20.000 emplois et d’en créer 25.000 supplémentaires. Soit un total de 45.000 emplois."
Représentant de la construction

Le gouvernement n’a pas encore détaillé les modalités de la baisse de charge accordée. "Il est question de faire baisser le coût de la main-d’œuvre de l’ordre de 3 euros par heure. Cela va créer de l’activité qui va permettre de maintenir 20.000 emplois et d’en créer 25.000 supplémentaires. Soit un total de 45.000 emplois. S’il tient compte de ces effets retour, le gouvernement pourrait réinjecter ces recettes supplémentaires dans la construction et doubler la réduction de charge jusqu’à 6 euros par heure. Cette estimation a été validée par le Bureau du Plan. Si le gouvernement va dans ce sens, nous serions pleinement entendus", ajoute le représentant de la Construction.

"Le gouvernement choisit de favoriser tel secteur ou telle catégorie de personnes. Je suppose que ce n’est pas uniquement parce qu’untel a fait plus de bruit. Car il y a aussi la question de savoir si c’est juste."
Philippe Ledent

Philippe Ledent, économiste chez ING, s’interroge les raisons qui poussent le gouvernement à cibler un secteur en particulier. "Dans ce cas-ci comme pour les flexi-jobs, le gouvernement choisit de favoriser tel secteur ou telle catégorie de personnes. Je suppose qu’il a bien étudié la question et qu’il dispose d’éléments probants justifiant ces aides et que ce n’est pas uniquement parce qu’untel a fait plus de bruit. Car il y a aussi la question de savoir si c’est juste. La construction souffre du système des travailleurs détachés. Mais est-elle le seul secteur qui rencontre des problèmes? Et sera-t-elle réellement capable de créer plus d’emplois si elle est davantage protégée", interroge-t-il.

Etienne de Callataÿ se demande lui si le Conseil d’État ne finira pas par recaler cette aide la jugeant discriminatoire. "Y a-t-il beaucoup de secteurs qui ont perdu 20.000 emplois en 4 ans? Y a-t-il beaucoup d’autres secteurs qui emploient 200.000 personnes et qui rapportent 20,4 milliards d’euros au Trésor soit 10% de l’ensemble des recettes de l’État?" se défend Robert de Mûelenaere.

♦ E-commerce

Le travail de nuit et le dimanche vont être autorisés dans l’e-commerce, a annoncé fièrement le gouvernement mercredi. On aurait pu s’attendre à un cri de joie du secteur qui réclame cette autorisation depuis plusieurs années. Mais c’est tout l’inverse qui s’est produit. Comeos, la fédération du commerce en Belgique a flingué les nouvelles mesures.

"Il n’y a rien qui change pour le travail de nuit de 20 heures à minuit et du dimanche. Or, c’est à ce moment-là que les entreprises et les travailleurs veulent travailler, pas à 3 heures du matin."
Dominique Michel

"Il y a eu une forme de désinformation de la part du gouvernement. On a joué sur le symbole en disant on autorise le travail de nuit et le dimanche mais en réalité, les mesures seront inefficaces. Le travail de nuit sera autorisé de minuit à 5 heures, sans nécessiter l’accord des trois syndicats mais uniquement d’un seul. Ok, très bien. Mais, il n’y a rien qui change pour le travail de nuit de 20 heures à minuit et du dimanche. Or, c’est à ce moment-là que les entreprises et les travailleurs veulent travailler, pas à 3 heures du matin", se plaint Dominique Michel, CEO de Comeos.

Il estime que le gouvernement n’a pas eu le courage de prendre des décisions contraignantes pour les syndicats. Il aurait préféré ne rien obtenir du tout. "Car maintenant le gouvernement va se targuer d’avoir réglé le problème de l’e-commerce et il va passer à autre chose alors qu’on a déjà perdu 13.000 emplois. C’est quatre fois Ford/Genk! Si on continue, cela va monter 20.000 emplois".

20.000 emplois
Le secteur risque de perdre jusqu'à 20.000 emplois si rien ne change selon Dominique Michel, CEO de Comeos.

Ces emplois ont filé vers les Pays-Bas où le travail autorisé le dimanche, ainsi que la nuit à partir de 20 heures. Ces règles plus souples ont poussé de nombreux centres logistiques à s’installer à la frontière belge, côté Pays-Bas. "Qui n’a jamais reçu un colis Post NL? Quand vous commandez le dimanche, votre colis arrive le lundi avec Post NL alors qu’en Belgique vous ne le recevez que le mardi car il faut l’accord des trois syndicats pour travailler le dimanche et que ceux-ci ont toujours bloqué sur le sujet et ils continueront à le faire", soupire-t-il.

Il ne comprend pas pourquoi le gouvernement n’a pas opté pour une baisse de charge dans l’e-commerce alors qu’il l’a octroyé à la construction. "Notre handicap salarial est de 17%, est-ce que cela ne justifie pas un coup de pouce? Peeters nous l’avait promis, pourtant. Si cela continue la Belgique va définitivement perdre le train de l’e-commerce".

Le commerce en ligne représente 7% des ventes issues de commerces belges. 93% des achats se font encore en magasin. "Il y a donc une énorme marge de progression. Tout n’est pas perdu. Mais il est temps que le gouvernement réagisse vraiment."

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